Un voyage (2)

Publié le par Chat noir

Brahim t'attendait dans le 4x4.

Il faisait noir. Un "Sbah El Kheir" est échangé. Tu t'installes à côté de lui.

Il sourit pour la première fois lorsqu'il te vit vérifier ton GPS. Deux jeux de piles et un jerrycan de 10 litres d'eau témoignaient de ta trouille.

Le jour se levait lorsque vous aviez atteint Reggane. La route fut correcte jusque là. Le sourire moqueur de Brahim te poussait à ne jeter sur les GPS que quelques coups d'oeil furtifs.


Puis la traversée proprement dite commençait.


Vous vous engagiez sur un chemin sans bord sans début ni fin. Des heures durant, le 4x4 avalait d'interminables kilomètres dans ce paysage monotone, uniforme et homogène.


Le vrombissement du 4x4 se fondait peu à peu dans l'ensemble.


Au bout d'un temps difficile à évaluer, la notion du temps elle même s'égarait dans l'infini. Tu es né ici. Quand? Tu ne t'en souvenais plus et tu mourrais ici. Seul face à toi-même.


Tu alternais entre un sentiment de panique irrationnel né de l'impression de solitude absolue et une sérénité raisonnée par un GPS solidement tenu en main et le regard concentré et expert de Brahim toujours figé sur le pare-brise.


La route étais balisée par des fûts (appelés « bidons »)ou des pneus entassés espacés par des dizaines de kilomètres. Des bidons qui étaient source d'une joie à chaque rencontre. Jusque là, ça va, te dis-tu.

Cette route est une terrible métaphore de la vie. Au fond, la vacuité de l'existence est la seule réalité tangible. Nous essayons de meubler nos vies par la religion ou autre chose mais la conscience de ce vide revient immanquablement après avoir été chassée par ces expédients. Un traversée du néant entrecoupée d'étapes « bidon » qui sont l'occasion de joies « bidon ».

Mais le bidon 5 est spécial. Il était habité.

A suivre

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