Baltajia

Publié le par chatnoir

 

  Il est de ces mots que les événements imposent brutalement au langage. Ils synthétisent en quelques lettres une idée ou un concept qui prend un sens particulier en rapport avec les événements. Il en va ainsi du mot : Baltaji (pluriel baltajia) ou baltagui (baltaguia) prononcé à l’égyptienne. Ce mot dont l’origine turque est dans le « ji » final dont l’équivalent en français serait le « ier » qui accolé à cuisine donne cuisinier ou le « er » qui raccourcissant boucherie donne boucher. Un Khaznaji s’occupe des finances, un Boustanji (devenu Bastanji) s’occupe des jardins etc... D’ailleurs, l’exemple de boucher est bon car Balta signifiant couteau ou poignard, boucher ou sanguinaire est assez proche de ce sens. Car si le Baltaji brandit son couteau ce n’est point pour éplucher une pomme ou patate mais c’est pour en menacer la gorge de ses semblables.

 

Les Baltajia qualifia d’abord en 2010, les algériens partis supporter l’équipe algérienne à Oum Dormane au Soudan. Aux dires des égyptiens ces Baltajia armés de sabres et de couteaux auraient terrorisé les délicates chanteuses égyptiennes venues supporter leur équipe. En Algérie, on précède Oum Dormane du mot « malhama » qui signifie épopée. J’ai appris qu’un groupe facebook supportant Bouteflika se serait fait appeler les jeunes de Oum Dormane. Lorsqu’on a pour seule épopée un match de foot et pour seul succès un but dans les filets de l’Egypte, lorsque cela tient de projet politique, il y a de quoi sérieusement s’inquiéter mais ce n’est pas le sujet.

 

Baltajia est revenu au devant de la scène en janvier lorsque des voyous à la solde de l’état égyptien se sont attaqués aux manifestants après un discours de Moubarak. On les a tous vus à dos de cheval et de chameau chargeant l’ennemi au milieu de Place Tahrir. Formés de repris de justice très violents à qui on a promis remises de peine ou argent, ils agissent hors de tout encadrement réglementaire, pour terroriser les manifestants. Ainsi, le Baltaji est passé du rang de marginal relevant de l’action judiciaire à celui d’acteur politique. Depuis l’Egypte, des Baltajia on en a vu en Libye, au Yemen et gageons qu’en Syrie, on en entendra bientôt parler.

 

Le Baltaji est l’arme de dernier recours du régime aux abois. Ce n’est guère parce que le régime est réticent à utiliser de telles méthodes mais c’est parce qu’il oblige le régime à révéler sa nature Baltajique si vous me permettez le néologisme. Un potentat arabe n’est rien d’autre que le Baltaji en chef et cela, il ne le montrera qu’en extrême nécessité.

 

J’ai appris donc par les journaux que des Baltajia se sont attaqués à la maison des syndicats autonomes algériens.

Publié dans Jiranna

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Rym 25/03/2011 21:55


Effectivement, c'est un mot que l'on entend de plus en plus un peu partout.
Je rajoute une deuxième signification à ce mot, Un baltadji est quelqu'un qui guide les troupes d'armées lors d'une bataille, entre autre, il tate le térain que ces troupes vont utiliser pour
dormir, pour se faire soigner ou pour manger.


chatnoir 26/03/2011 07:46



Le baltaji serait donc un éclaireur, voilà un rôle plus noble au moins...


 


Merci Rym



TheMatrix 23/03/2011 21:28


Merci beaucoup pour l'origine linguistique du mot baltaji, je suis moins bête qu'il y a 5 min ;-).

En effet, les Baltajiya sont partout même sur internet, enfin,...des eBaltajiya


chatnoir 26/03/2011 07:45



Comme supplétifs des régimes aux abois, les ebaltajia :-)) existent sur Internet malheureusement.