Benbadis

Publié le par chatnoir

 

Une des caractéristiques du régime algérien est de vider de leur substance les événements historiques et de banaliser les hommes qui les ont accomplis. L’ironie est qu’il le fait non pas à force de les taire et des les censurer mais à force de les récupérer et de les rabâcher. Son peu de crédibilité déteint alors sur eux et les rend ternes voir suspects dans la mémoire collective. C’est grave !

Il en va ainsi de Yaoum El 3ilm, le 16 avril, jour du décès d’une personnalité brillante de l’histoire de ce pays : Abdelhamid Benbadis. Cet homme a grandi dans l’Algérie colonisée de la fin du dix-neuvième, début du vingtième siècle où régnait l’analphabétisme, la misère et la superstition alliées très commodes du colonialisme.

 

Cet homme a abandonné le faste et la vie bourgeoise et lente de son milieu de notables introduits chez les colonisateur où servir un simple café requiert un rituel complexe (voir « la mémoire du corps » de Ahlam Motagahnemi) pour consacrer son existence à une tâche gigantesque : éduquer, éduquer, éduquer... Eduquer quotidiennement de la prière d’Al Fajr jusqu’à celle d’El Icha, donner des cours à des centaines d’élèves chaque jour... Nul besoin de rappeler ses oeuvres, son association qui a essaimé, les premières chansons qu’il a concoctées pour les gamins, son journal, tout cela est connu. Benbadis a formé toute une génération et introduit dans des dizaines de milliers de coeurs le sentiment national. Grâce à ses campagnes et l’immense respect dont il jouissait, des pères ont envoyé leurs petites filles à l’école...

 

La vie de Benbadis est une leçon contre la résignation face à l’énormité de la tâche à accomplir. Elle est celle que la volonté d’un homme intelligent, éclairé et volontaire peut changer le cours des choses.

 

Aucune phrase ne résume mieux sa courte mais intense vie que cette citation dans laquelle il se donne un objectif... hélas toujours d’actualité dans notre pays :

 

« Ce que nous voulons, c’est réveiller nos compatriotes de leur sommeil, leur apprendre à se méfier, à revendiquer leur part de vie en ce monde, afin que les suborneurs ne puissent plus exploiter l’ignorance des masses. »

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shrux 17/04/2011 08:32


c'est vrai que tout ce qui est "officiel" est suspect.le probleme est que les masses "attendent" que les choses changent d'elles même ou par providence, et plus le temps passe et plus on
s'accommode à l'état des choses et ça devient "normal" presque naturel.


chatnoir 17/04/2011 23:24



Les masses ne bougent qu'une fois acculées à bouger. Leurs mouvement, lorsqu'ils vivent l'injustice surviendra aussi sûrement qu'un séisme sur une faille tectonique mais l'instant précis du
mouvement n'en est pas moins imprévisible...



The Matrix 16/04/2011 10:40


Très juste, cette semaine je voulais faire une affiche avec un slogan "Yawm wafat el 3ilm" ...hélas pas le temps. J'aurai aimé aussi que les étudiants choisissent cette date symbolique pour sortir
dans toutes les universités du pays ....

Monsieur "Erfa3 Rassek Aba", n'a pas levé la tête une nanoseconde !

Yahya el 3ilm, Yahya el3ilm

PS: je pense qu'on a perdu aussi l'explication du Coran par Ibn Badis


chatnoir 17/04/2011 23:20



Hélas, c'est effectivement yawm wafat el 3ilm... L'esprit des gens comme Benbadis nous a quittés...


 


Quand à Boutef... vraiment pathétique et triste à pleurer.