Bref retour sur les réformes

Publié le par chatnoir

 

Les prestidigitateurs vous le diront : l’art de la magie consiste à orienter le regard du spectateur vers la main qui fait un geste futile pendant que l’autre exécute le tour à l’abri des regards. Ce qui dans le monde du spectacle relève d’un jeu plaisant auquel le spectateur se plie de son plein gré, devient en politique l’escroquerie qui fait diversion sur les questions épineuses au profit de ce qui est secondaire.

 

« Etre ou ne pas être », « L’essence précède-t-elle l’existence », « Should I stay or should I go ? », « Loubia oula 3dess »... les questions qu’on pourrait se poser sont nombreuses et l’attention se concentre sur une seule à la fois. En Algérie fin des années 80, début des années 90, les questions centrales, celles que la partie nuisible du pouvoir algérien et ses clients menacés dans leur rente voulaient étouffer était « Pour ou contre les changements profonds menés par le gouvernement des réformateurs ?», « Pour ou contre la loi sur la monnaie et le crédit » ? « Pour ou contre une presse libre ? ». Mais l’opinion a été éloignée le plus possible de ces questions par un tour de passe passe diabolique introduisant une fausse problématique qui a occupé tout l’espace : « Pour ou contre le FIS? », « Pour ou contre la république islamique ? ».

 

A l’époque, avec mille fois moins de réserves de devises qu’aujourd’hui et une dette colossale, un gouvernement de technocrates patriotes et modernes a surpris le pouvoir rentier de l’Algérie du parti unique, du discours unique et de l’économie archaïque par l’audace de leurs réformes. Le peuple ne les a pas vu venir (ni partir d’ailleurs). Issus du coeur du pouvoir, ils avaient étrangement entrepris de mettre l’Algérie sur la bonne voie. Eh oui ! En Algérie, « les opposants » ne sont souvent que des excroissances khbozistes du pouvoir et les véritables opposants sont parfois au coeur du pouvoir.

 

Mais la connivence volontaire ou pas entre ce qu’on appellera la maffia politico-financière, menacée dans ses intérêts vitaux et un mastodonte sans cervelle appelé le FIS qui a réussi à rallier les masses désorientées a sonné le glas de la véritable naissance de l’état algérien et plongé le pays dans une tourmente des plus meurtrières.

 

Une tragédie nationale et 200,000 morts plus tard, beaucoup de sang ayant coulé sous les ponts, le pouvoir après avoir encore gaspillé une décennie avec Boutef parvient encore à faire croire que c’est la démocratisation de cette époque et non sa confiscation qui est responsable de la tragédie. On écoutait l’autre soir, notre moustachu de premier ministre, symbole s’il en est de l’Algérie des magouilles et de la police politique, déclarer qu’Al Hamdoullilah, nous n’avions pas de crise politique puisque nous disposons de pas moins de 30 partis et une centaine de journaux, c’est pas comme dans les autres pays arabes ... Ecouter ce « grand démocrate » méprisant qui a contribué à vider de leur sens constitution, lois sur la presse (les journalistes veulent revenir au statut de la presse de 1990!), réformes économiques, vanter ces mêmes réformes aujourd’hui parce que d’autres s’y essayent ailleurs a quelque chose de terriblement ironique.

 

Plus prudent, sous la pression internationale, le pouvoir algérien a désigné un autre symbole de médiocratie nationale nommé Bensalah pour mener une réforme politique. Ils continuent à se moquer de nous. C'est dire s'il ne s'agit comme toujours que d'un truc pour prolonger la vie du pouvoir actuel. Un signe qui ne trompe pas (et un signe aussi que Boutef a vassalisé l'Algérie) Boutef a envoyé son diplomate en chef "rassurer" les américains... au lieu de s'empresser de rassurer le peuple algérien sur ses intentions.

 

Publié dans Lebled

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shrux 13/05/2011 09:33


il faut croire qu'ils sont bons dans leurs art, nos magiciens, d'autant plus que, comme ecrit dans le billet, " le spectateur se plie de son plein gré",les spectateurs se plaisent devant le
spectacle, aussi médiocre soit-il,il ne manque plus qu'un Colisée, les spectateurs se jetteraient dans l'arene de plein gré pour jouer au gladiateur entre eux.


chatnoir 13/05/2011 23:44



"Le pain et le cirque" c'est selon César ce dont le peuple a besoin...



The Matrix 06/05/2011 21:46


Non ce n'est pas sympa de ta par chatnoir, tu as oublié quand même la célèbre chanson Qahwa wela tay ;-).
Ce qui me dérange le plus, c'est tout ces gens qui prônent presque la "béatification" ou la "canonisation" de leur "King" est essaient de lui chercher dans l'infiniment petit toute sortes de
"miracle" réalisés. Alors que tout est claire, évident et saute aux yeux même si on a des lunettes qui filtrent ...

Pour moi le top de la "médiocratie extérieur" et Medelci qui sillonne le monde, enfin Fr et US pour les rassurer.

Quant à l'écoute du peuple et les réformes, ils sont déjà commencés avec les étudiants et les médecins, leur première réforme et le "MATREG" comme disait anissati du primaire "El 3assa liman
3assa".
Ça me rappel une anecdote, une fois à l'université une prof venue de l’étranger nous a donné une conférence, elle a commencée par nous expliquer comment marche un labo en disant " Je vous dis ça,
car enfin de compte vous êtes les futures décideurs et décideuses de ce pays"...à ce moment là moi j'ai esquissé un large sourire ...

Chatnoir, pour eux le peuple est moins que rien...et de loin


chatnoir 07/05/2011 13:34



Ah oui! j'ai loupé "qahoua wel tay"... j'avoue


 


The "king" en a fait et dit des grosses comme sa tête. Pour moi la palme d'or revient à cette phrase prononcée en 2008 devant le barrage de Beni Haroun : "Je ne fais pas confiance au Comena ni à
la technologie local, tous secteurs confondus". Dite par le président d'un pays à propos du sien, cela aurait donner lieu à une abondante littérature... Je ferai un billet là dessus.


Medelci sur toutes les tribunes à "rassurer"... des annonces de réformes à chaque fois que Clinton s'impatiente, je trouve que pire que le matreg, c'est le plus grand affront qu'on puisse faire
au peuple algérien...