Colonialismes

Publié le par chatnoir

 

Si le colonialisme fut une aubaine dans les domaines économique et idéologique pour une « élite » pied-noir, qui garde encore une certaine influence teintée de nostalgie, il l'est aujourd'hui encore pour une certaine « élite » algérienne. En découvrant les attentes et les réactions des journalistes et des hommes politiques de tous bords à la récente visite du président français, on s'en rend compte assez nettement. Pendant que cette « élite » pied-noir continue à raisonner en colon, cette certaine « élite » algérienne continue de réagir en colonisé.

Je ne pense pas que dans l'esprit de Didouche ou de Ben M'hidi, nous serions cinquante ans après une indépendance arrachée aux prix d'énormes sacrifices, à quémander des excuses. Ces paroles creuses et ambigües que chaque président français, soucieux uniquement et fort logiquement des intérêts de son pays, monnaye au prix fort auprès de notre lamentable classe politique.

Le b a ba de la diplomatie stipule que les relations entre états souverains (l'Algérien en est un) sont régies par les intérêts. La France défend les siens. Qui défend les nôtres ? Cette sacro-sainte recherche d'intérêts, règle fondatrice du pragmatisme dans la politique est pourtant à la base de la revendication d'excuses. A la nuance près que ce ne sont pas les intérêts de l'Algérie et des algériens qui sont recherchés mais bien ceux d'une classe politique qui s'est nourrie depuis cinquante ans d'une « légitimité » historique décrédibilisée qu'elle tente de proroger artificiellement en poursuivant une ultime et pathétique bataille à travers la revendication d'excuses. Les enchères politiques des excuses dans lesquels les chefs de partis rivalisent d'intransigeance, se prenant sur le tard pour de piètres imitations de Ben M'hidi, sont des enchères tout court où on achète pouvoir et avantages.

La guerre d'indépendance est un événement hautement moral et fondateur de la patrie algérienne. Elle ne doit pas être rangée dans le musée de l'Histoire comme on le dit souvent mais dans les symboles suprêmes de la nation avec comme gardien, non pas le FLN affairiste ni le ministère des anciens moudjahidines mais la nation entière. J'ai rappelé ici à maintes reprises le grave discrédit jeté sur ce symbole par le monnayage de la participation à la guerre et son exploitation politique pour asseoir un pouvoir illégitime qui a coulé le pays. Qu'est-ce qu'on attend de quelques mots prononcés sans conviction par le pouvoir français ? La seule explication est que cette course aux excuses est une course vers davantage d'exploitations parasitaire du symbole national fondateur. La seule manière d'en être vraiment digne est de construire ce pays comme l'ont rêvé Didouche et Ben M'hidi.

 

Dans le domaine idéologique, le colonialisme fait aussi des ravages. Il y a une classe qui a grandi et s'est nourri de la logique des dominants/dominés et ne parvient pas à s'en extraire. Notre incapacité à sortir la tête de l'eau serait donc due, selon cette classe d'intellectuels, au fait que nous soyons une catégorie humaine par essence dominée par de méchants dominateurs. Cette classification de nature biologique entre prédateurs et proies nous place au bout de la chaîne alimentaire comme un troupeau d'êtres innocents et pacifiques à la merci de hordes de loups assoiffés de sang. Finalement, comme l'ordre naturel est ce qu'il est, quoique fasse le troupeau, il restera un troupeau pourvoyeur de chair fraîche, il ne lui reste plus que la complainte éditoriale face à la mort certaine. Pourtant, les membres du troupeau qui s'ingénient au prix de leur vie à rejoindre le territoire des loups aurait pu faire tiquer nos pseudo-biologistes. Mais non, selon eux, l'attractivité du territoire des loups pour les agneaux que nous sommes n'est qu'un nouvel instrument de domination. Désespérant...

Si on ajoute à cela le fait que le monde moderne, ses idées nouvelles qui ont donné la prodigieuse explosion dans le domaine technologique, de la santé, des libertés... sont arrivés chez nous dans les bagages des colons comme un effet de bord de la conquête des terres algériennes, on comprend que dans beaucoup de têtes, le progrès et le colonialisme c'est kif kif bourricot. Ne vous avisez pas de dire le contraire. Si vous parvenez à le dire avec un tant soit peu d'arguments, vous n'êtes qu'un intellectuel colonisé. Comble de l'irone, cette classe aigrie, prisonnière de ce qu'elle dénonce comme seul lecture possible du monde, se pense, elle, comme la seule à être libre.

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LOUANCHI 06/02/2013 14:17


HARKIS LES CAMPS DE LA HONTE :lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de Saint Laurent des
arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du village. A
l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions hygiéniques
minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un seul
aujourd'hui se décide à parler.


 


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser le camp de la
honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


 


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012
sur radio-alpes.net