De Abdelkader à Abdekka

Publié le par chatnoir

 

Caracalla est un empereur romain, aux origines berbères dit-on qui a laissé un arc de triomphe toujours debout à T’bessa. Je dis ça pour ne pas confondre avec son homonyme contemporain, chorégraphe de son état (le Liban) qui a reçu quelques millions de dollars des caisses de l’état pour créer le spectacle d’ouverture de « Tlemcen capitale de la culture islamique ». Soit. Pourquoi pas ?

 

Le spectacle était supposé dépeindre l’histoire de ce pays depuis l’antiquité.

Quelques erreurs historiques sont commises ici ou là mais bon tout le monde s’accorde à dire qu’il était de qualité. Après tout, personne vivant de nos jours n’a assisté à la mort de Koceila et ne peut témoigner que Caracalla (le chorégraphe) a pris quelques libertés avec l’histoire. En revanche, nous sommes très nombreux à avoir connu plus ou moins selon les âges, la période post-indépendance et nous sommes très nombreux à savoir pertinemment que le seul succès dont l’Algérie peut se targuer ces 60 dernières années, c’est d’avoir gagné son indépendance dans un combat courageux qui force le respect. Il ne s’en est suivi qu’une succession d’échecs retentissants malgré les rares bonnes volontés.

 

Bref ! Pour comprendre, il faut savoir que Caracalla est le pote de Boutef qui lui a fait confier pas mal de projets artistiques payés par l’état algérien depuis qu’il est au pouvoir. C’est sans aucune surprise que le spectacle résume la période post-indépendance en le règne de Boutef alias Abdekka.

 

J’étais jeune enfant pendant la fin du règne de Boumédiène, ado pendant Chadli, j’ai pris un coup de vieux durant la guerre civile et atteint l’âge de raison à l’époque de Boutef. Boum ne manquait pas de panache et avait de l’envergure, Chadli, je ne sais pas comment dire, c’était de mon point de vue, une époque heureuse et insouciante et sous son règne qu’eut lieu l’unique tentative de réformer sérieusement et en profondeur ce pays. J’ai chialé comme un gosse avec la khnouna et tout après l’assassinat de Boudiaf, j’avais l’impression que non seulement on tuait un des meilleurs parmi nous mais qu’on tuait ce qu'il y avait de meilleur en chacun de nous. Zeroual et tout ça, c’était l’époque de l’angoisse et la déprime et Boutef, celle du retour en arrière et de la « fin de la recréation ».

 

Mais d’après le spectacle de Caracalla, l’Algérie post-indépendance EST Boutef. Ya haouji ! Comme disait Mma Messaouda (les gens de ma génération savent de quoi je parle, quand aux plus jeunes qu’ils se démerdent ;-)...).

Je disais donc Na khaitek ! Selon Caracalla, Boutef, EST l’apothéose, IL EST l’aboutissement d’une aventure historique commencée il y a 3000ans.

Répondant à une interview, Caracalla se justifie. C’est pas parce qu’il est copain avec le président (celui qui faisait le mourant pour attendrir ce sentimental qu’est l’algérien dans une intervention télévisée quelques jours plus tôt et qui trottait à Tlemcen comme un jeune premier), c’est juste qu’il a trouvé belle l’idée d’associer les deux Abdelkader (l’émir) et Abdelkader (nom de guerre de Boutef : Abdelkader El Mali).


Quand je songe à l’émir, guerrier et intellectuel soufi humaniste  propulsé par les événements à la tête de tribus éclatées dont il fit un jeune état que le colonialisme s'est empressé de détruire. Ce jeune homme de 24ans qui eut l’intelligence de comprendre que s’il perdit la guerre ce ne fut pas en raison d’un manque de courage ou de dureté au combat mais en raison d’un gouffre civilisationnel qui le séparait de ses ennemis, un gouffre qu’il tenta vainement de combler en très peu de temps.

 

Quand je pense à l’association entre ces deux personnes que Caracalla a osé au prix de quelques millions de dollars, Mma messaouda me revient encore une fois : Ya haouji ! Pour ne rien arranger, l'Emir  était grand et beau,un cavalier et un stratège hors pair qui menait une vie simple se contentant d’une épouse là où d’autres auraient bâti un Harem. Tandis que Abdekka, c'est juste Abdekka quoi... 

 

Alors « De Abdelkader à Abdekka », pourquoi pas? A condition qu’on y accole un sous-titre : « De Abdelkader à Abdekka, l’histoire d’une déchéance historique. ».

Publié dans Lebled

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zardoz 30/07/2011 21:08


s'il te plait, qu'est-ce que signifie "ya haouji!", j'ai vraiment essayé de me démerder mais je n'ai pas réussi à obtenir une réponse valable!


chatnoir 01/08/2011 05:03



essaye encore c'est pas difficile



Soulef 24/04/2011 11:44


Ben moi, j'aime pas quand c'est trop politique.
Je préfère de loin les billets genre paradis ou enfer, société comme le treize etc et mon préféré de tous c'est celui de la grande soeur, il m'a fortement émue.

Je me permets cet avis de lectrice parce que j'aime beaucoup ton blog.

Bises


chatnoir 24/04/2011 20:22



Merci Soulef,


J'ai parcouru ton blog et j'aime vraiment (ce n'est pas juste pour te retourner le compliment), mais il est à l'abandon. Tu devrais te remettre à enchanter tes nombreux lecteurs.


Quand à mes élucubrations, elles viennent au gré de mes humeurs...


 


Merci



Une Lectrice Fidèle 23/04/2011 12:53


Sacré chat noir avec ces réponses!! t'es vraiment fort toi ;)
Non, figure toi que je me souviens bien de ce jour,toute la cité était en pleur, y avait des voisines qui criaient à haute voie lors de l'annonce de sa mort! Allah yerhmou.
J'aime beaucoup ce décor :)Mais le chat dans l'image me fait peur LOL alors j'évite de le regarder en préssant le clic pour descendre sur ta page!!!


chatnoir 24/04/2011 09:00



Je n'en doute pas lectrice.


Sur la photo, c'est moi... je ne peux pas me changer. Allah ghaleb!


Sérieusement, "rani nal3ab fiha bark", c'est une photo que j'ai piqué d'Internet... Sur celles que je prends moi-même,  il y a surtout des fleurs...tu vois, j'essaye de rattraper mon image
dépolrable :-)... un jour je ferai un coin photos sur ce blog.


 


Pour le moment, c'est la politique qui me passionne.



Anonyme 23/04/2011 08:05


La fin des zouâmas arrive lorsqu'ils commencent à croire aux balivernes que leur racontent leurs courtisans. Je ne sais pas si Boutef a eu un droit de regard sur l'opérette (c'est comme ça qu'on
les appelait de mon temps ;-) je pense que non. C'était une moufadja'a (comme aimait à nous en faire notre chere tele nationale de mon temps aussi :-)
Les courtisans (Caracalla*, Ghoulamallah et Khalida entre autres) ont du avoir carte blanche, et un chèque en blanc aussi, ils en ont profité.
*Une animatrice de la radio n'arretait pas de dire : CaracallaH, elle croyait que c'était un nom "islamique" :-)))


chatnoir 24/04/2011 08:54



T'as raison, c'est peut-être une moufadja'a de la part des nombreux et nombreuses meddahates qui l'entourent. Comme lui-même adore qu'on s'extasie en public devant son "génie", il encourage ce
genre d'initiatives. Au cours de sa dernière visite à Tamanrasset, il s'est arrêté devant un je ne sais quel chef de clan qui lui tenant la main en récitant un poème à sa gloire.... vision d'un
autre siècle disparu....


 


Quand à caracallaH.... :)))) 



Une Lectrice fidèle 22/04/2011 23:12


Je me souviens que j'ai pleuré moi aussi quand Boudiaf est mort, pourtant j'avais que 5 ans!!
PS: ton ancien décor me plaisait beaucoup, mais bon chacun a son goût!!
A te lire :)


chatnoir 22/04/2011 23:37



Tu es sûre que ce n'était pas ce jour là que le chat t'avait griffé?


Figure toi que moi aussi j'aime mon décor... J'y ai touché pour modifier certaines couleurs qui ne sortaient pas et tu l'as chopé avant la fin des travaux... J'aurais dû accrocher "Attention
Peinture frâiche" :-) quelque part...