En quête d'ailleurs...

Publié le par chatnoir

 

J'ai eu envie de parler de ce sujet en lisant cet article de l'excellent blog dzchick, (une blogueuse qui cerne tellement bien et avec une ironie vengeresse l'âme tourmentée de l'homme algérien, qu'on dirait qu'elle est un blogueur).

 

Bien avant que les difficultés économiques ne poussent de jeunes algériens dans des barques de fortune à rejoindre l'eden eurorpéen, la quête d'un ailleurs où la vie avait plus de saveur était déjà dans les têtes. Je me souviens, enfant, des récits de voyage des jeunes du quartier qui étaient les premiers bénéficiares de l'allocation touristique dans les années 80. En présence des parents, ces récits restaient politiquement corrects, centrés sur la propreté des rues, la qualité des services, les progrès techniques, mais dès qu'on se retrouvait entre jeunes, on parlait des choses sérieuses, c'est à dire des conquêtes féminines réelles ou fantasmées dans ces terres de liberté sexuelle. Aujourd'hui, je ne sais pas grand chose des relations entre jeunes algériens et algériennes mais à cette époque, avoir une vie sexuelle avant le mariage, au pays, était généralement de l'ordre de l'impensable.

 

Alors, c'est dans cet ailleurs dépeint par un cinéma occidental où les actrices semblaient vivre une sexualité débridée que les jeunes algériens allaient chercher de quoi satisfaire une libido condamnée à l'abstinence par les mœurs locales. Pour un passeport vert, sans nécessité de visa pour passer les frontières, mille dinars d'allocation touristique métamorphosés en 1500 francs français et un billet d'avion très accessible à une époque où l'Algérie vivait hors des réalités économiques, on s'offrait un voyage au pays du rêve. D'après les récits des voyageurs du quartier, rares étaient les déçus. Certains racontaient que dans les pays de l'est, les filles étaient tellement peu farouches qu'elle faisaient des signes aux jeunes algériens depuis leurs fenêtre (« yrewchou men twaqi »). Dans mon quartier, un gars un peu simplet convaincu, à cause ces histoires, que le bonheur était à l'est rassembla ses quelques deniers et prit un billet pour Varsovie. Certes simplet mais très honnête, à son retour, il raconta ses mésaventures dans la capitale polonaise. Nulle pucelle aux nattes blondes ne guettait depuis sa fenêtre le passage d'étalons algériens. Après avoir erré pendant des jours dans les boulevards de Varsovie dont la sobriété toute communiste de l'époque avait ajouté à sa déprime, il revint bredouille et désabusé. Il réussit même à se faire mettre en joue par des soldats parce qu'il avait franchi involontairement un bâtiment officiel. Je n'ai jamais su si on faisait mine de gober les légendes urbaines racontant les exploits masculins d'algériens censés être célébrés dans les quatre coins du monde ou si on y croyait vraiment.

 

Quelques années plus tard, l'arrivée de la parabole sur les toits n'arrangea en rien les choses. La pornographie pénétrant au cœur des foyers multiplia les postes de télé au sein d'une même maison, horma oblige. Les barrières frontalières devenant plus hautes et plus contrôlées, la crise pétrolière ayant réduit les possibilités de voyage, cet ailleurs devint d'autant plus prospère et sexuel qu'il était virtuel. Accentué par la généralisation des cyber-cafés dans tous les quartiers, le voyage virtuel devint une forme d'évasion pour ceux qui n'osaient pas la dangereuse aventure maritime. Le motif économique et le désir de chevelures blondes se superposaient dans les têtes pour former des projets de fuir une vie où le seul besoin satisfait tant bien que mal était de manger à sa faim. Il y a quelques années, un jeune de mon quartier ancien camarade d'école me demanda un service en toute discrétion : corriger pour lui des mails en anglais qu'il envoyait à une correspondante américaine. Il exerçait le métier de policier embauché à la faveur des vagues de recrutements de la période où le terrorisme atteignait des sommets. A l'époque où je corrigeais ses missives amoureuses, il était au milieu de sa trentaine, n'avait pas de logement à lui ni de perspective d'en avoir. Lorsque je vis pour la première fois sa dulcinée en photo, je réprimai un haut le cœur. C'était une vieille dame qui aurait pu être charmante comme vieille dame mais pas comme fiancée du beau gosse que je connaissais. Les tourtereaux se sont rencontrés plusieurs fois en Tunisie puis se sont mariés quelque part chez l'oncle Sam. Je n'ai plus de nouvelles de lui aujourd'hui mais à l'époque, je cliquais sur ses mails avec la peur au ventre qu'il ait eu l'idée de m'envoyer une image de leur bonheur à deux en maillot de bain dans les plages tunisiennes. J'entendais raconter que sa mère, ignorant totalement la manière dont son fils est parti, était en quête pour lui d'une femme susceptible de le rejoindre là bas afin qu'il ne succombe pas au Hram. Le décalage entre l'univers de sa mère, celui des jeunes du quartier, son nouveau monde à lui dont je suis certain, même si je n'ai plus de nouvelles, qu'il est pavé de désillusions donnerait matière à écrire un gros volume.

 

Quand j'y pense, depuis mon enfance, bien avant internet et les paraboles, la jeunesse masculine algérienne a toujours eu la tête dans un monde virtuel. Il est très difficile et trop complexe de dire pour quelle raison le bonheur « ici et maintenant » est considéré comme irréalisable par la jeunesse de ce pays. L'expliquer uniquement par les blocages politiques me semble trop court tant les paramètres sociaux très complexes y jouent un rôle fondamental.

Publié dans Lebled

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shrux 01/02/2013 04:49


" L'expliquer uniquement par les blocages politiques me semble trop court tant les paramètres sociaux très complexes y jouent un rôle fondamental ". Le plus morbide
dans ce pays c'est ces hominidés qu'on appel intellectuels et je viens d'en croiser un specimen ( remplis ta tete, un SOCIOLOGUE et qui plus est des années 1970 de la bonne vieille generation qui a fait la gloire de l 'algerie ) dans
les colonne d'un magazine algerien http://www.socialmag.info/index.php?option=com_content&view=article&id=61:interview-de-hamid-grine&catid=31&Itemid=193&lang=fr


Je sais pas comment il a fait, mais il dit que dans sa formation de sociologue, il a gardé le plus important pour lui, la méthodologie, sans vraiment croire à la
quete de l'objectivité. quand on lit ces conneries de la part d'un SOCIOLOGUE-ECRIVAIN, ya deux alternative.


1-le jm'en foutisme total et partir le plus loinnnnns possible pour ne plus avoir un lire ca, mais le probleme c'est qu'avec internet c'est difficil de ne pas subir
l'intelligence debordante de la generation des années 70


2- faire comme monsieur le SOCIOLOGUE , adopter la méthodologie et laiser de coté l'objectivité qui va avec et taper à grand coup de condescendance sur la jeunesse
algerienne qui, malgré son pragmatisme, continue à s'attirer le mepris de cette classe des p'tit-bouregois qui cherche à justifier son complexe d'inferiorité.


C'est toujours un plaisir de te lire.

chatnoir 01/02/2013 18:59



Trop courte l'interview pour juger Shrux. Mais il est troublant de la part d'un sociologue qu'il s'étonne qu'une génération de jeunes invente ses propores mots 'incompréhensibles pour les gens de
sa génération". S'il est vrai que le niveau de l'enseignement a baissé, ce n'est surement pas à ses premières victimes, c'est à dire la jeunesse qu'il faut imputer la faute.



Loundja 29/01/2013 08:33


Il ne faut pas oublier que ces hommes ont été élevés par des femmes. On a des mamans  chez nous qui considèrent les garçons comme des rois. On cède a leurs caprices et on
leur mets cette idée dans la tête qu’ils sont supérieur à leurs sœurs.


Je me souviens il  y a quelques années, une femme, que j’ai rencontrée sur le vol Alger-Londres, m’a demandé si ça me disait de faire connaissance avec son fils qui était
harrag et qui voulait épouser une fille avec papiers pour s’installer là-bas. Polie que je suis, je répondis que j’avais quelqu’un. Donc, même quand on est indépendant et instruite, on est vu
comme tremplin vers une vie meilleur pour le garçon roi.

chatnoir 29/01/2013 20:13



Il y a quelques temps, j'ai eu une discussion sur ce sujet sur un autre blog (patriots on fire). Oui, le modèle sociale passe par les mères qui l'ont reproduit tel quel en imposant souvent aux
soeurs d'être au service de leur frère. Il est probable que dans la tête de cette mère, elle te rend service en te faisant l'honneur de demander ta main et que tu allais crier : Youpiiii, j'ai
trouvé un mari!



Voronoi 28/01/2013 14:14


L'Algérien entretient une relation surprenante avec le sexe féminin, tantôt il la traite comme une pute et tantôt il la traite comme une pute. Jamais il ne pensera à la considérer comme son égal
et jamais il ne reconnaitra son intelligence. Il mène la vie dure à sa soeur et n'hésite pas à "draguer" pardon harceler les femmes dehors. Parce que ce qui l'intéresse notre ami algérien, ce
n'est pas sa soeur, ce n’est pas non plus la femme, mais plutôt son orgueil et son honneur. La seule femme qu'il aime et respecte, restera toujours sa maman chérie et même elle, parfois,
n'échappe à ses changements d'humeur.


Il passe la journée à ne rien foutre parce qu'il n'y a pas de travail et n'hésite pas à quémander quelques sous à sa soeur, qui elle bizarrement a du travail. Il respecte son père plus que tout
mais étrangement il ne l’écoute jamais. Parce que son père n’est pas au courant des choses d’aujourd’hui, mais lui, le jeune algérien est bien au courant des choses d’aujourd’hui et de demain.
Des tréfonds de sa "houma" il connait tout sur tout, il sait ce qui l’attend au-delà de sa houma. D’ailleurs c’est pour cette raison qu’il préfère y rester, à se morfondre, parce que "se
morfondre" c’est bien plus simple.


Dans une réflexion, un ami m’a dit, pour le jeune algérien vivant en Algérie il n’y a que deux issues possibles, soit le qamis, soit l’alcool et la drogue. ça me fait peur de le reconnaitre mais
il avait fichtrement raison.


On a échoué sur tous les plans Chat noir. L'Algérie est un pays que nous algériens ne méritons pas ! Voilà !

chatnoir 28/01/2013 22:06



Beaucoup d'algériens sont complètement décontenancés en présence des femmes. Cela vient précisément du fait qu'ils ne les voient que sous le strict angle sexuel. Pour beaucoup la femme n'est que
femme, c'est tout. Elle pourrait être grande scientifique, brillante journaliste ou simple collègue de travail, elle peut être plein de choses mais ça n'a aucune importance, elle est avant tout
vue comme une femme donc selon le tempérament, elle est à insulter parce qu'elle ne se conforme pas à la norme, à courtiser par certains dragueurs compulsifs ou à harceler par les lourdeaux qui
sont la majorité. Cela vient de l'éducation qui oeuvre depuis l'enfance à la séparation des sexes. 


A l'époque, lorsque ouled el houma te rencontraient avec une camarade ou une collègue dans la rue, ils te demandaient plus tard avec un clin d'oeil : "Wesh, c'est bon?". Même si tu avais la honte
de ta vie en pensant à cette femme qui est à mille lieues de représenter pour toi ce qu'ils pensaient, que tu discutais avec elle de la caverne de Platon ou de la guerre du golfe, tu ne disais
rien parce que tu ne peux rien changer à cela.


Mais je ne suis pas aussi pessimiste. Je pense que beaucoup de progrès a été fait malgré tout parce que les femmes s'imposent de plus en plus et dans beaucoup de domaines et acquièrent, chose
mportante, l'indépendance financière.



Ghania 28/01/2013 05:56


Les gens partent effectivement pour mille et une raisons ... la chape sociale est grande en Algerie mais ce qui me sidère c'est que sous pretexte de vouloir quitter le carcan ici bas , une bonne
partie de ses gens vont aller reproduire "la bas" les attitudes qu'ils ont voulu fuir .... 


trouvons nos solutions nous même et ici ...


super ton blog !

chatnoir 28/01/2013 08:39



Merci Ghania!


Evidemment, le problème de notre société est en nous-même et nous le transportons avec nous où que nous allions. Dans cet ordre d'idée, j'ai pas mal regardé les vidéos d'un gars qui vit à Londres
et qui filme des algériens là bas, dans une rue qu'ils ont squatté du genre Barbès. Voici un exemple édifiant, tout y est presque, le houmiste tchatcheur de Bab el oued, qui est venu parce que
"3andou harqa fel qalb hab ybarradha", son copain complètement sonné par la drogue qui délire, le désenchantement d'un troisième qui raconte ses regrets :


http://www.youtube.com/watch?v=4KKrc2yZKF8



Loundja 25/01/2013 17:17


L’herbe est toujours plus verte ailleurs. La crise économique a contribué énormément à engendrer la mentalité d’évader avec son corps ou son esprit chez le jeune algérien, mais
elle n’est pas le seul coupable. La pression de la société  a aussi joué un grand rôle. J’ai rencontré des femmes au foyer algériennes en Europe qui étaient très contentes d’être loin de la
belle-mère ou de la belle famille. Il y a également de jeunes couples qui immigrent  au Canada ou en Europe pour échapper aux us et ou coutumes. Aussi, certains cherchent l’anonymat que l’on
trouve seulement au-delà des frontières. 

chatnoir 25/01/2013 19:33



Je ne pense justement pas que les causes économiques soient les seuls, c'est ce que j'essayais de dire.


Sinon, je suis tout à fait d'accord avec toi sur le fait que les motivations sont nombreuses. En particulier, ce que j'ai écrit ne s'pplique qu'aux hommes et plus particulièrement à une
catégories d'hommes qui sont légion. Les femmes qui partent ou cherchent à partir ont souvent d'autres motivations. Je connais des couples d'algériens heureux dont la vie maritale n'aurait pas
survécu aux yeux des beaux parents et de la société en générale.