Facebook, l'amour et moi...

Publié le par chatnoir

 

Je n'avais jamais payé pour l'amour... jusqu'à il y a trois jours...

Je vais tout vous raconter par le menu détail, alors accrochez-vous petits coquins et allez jusqu'au bout. L'histoire ne commence ni par une virée nocturne au bois de Boulogne ni dans un cabaret d'Alger. Non, j'étais tranquillement assis à la maison, pépère et oueld familia jusqu'au bout du pyjama (qui aurait dû être à rayures et à boutons si je voulais forcer le trait) avec mon verre de thé quotidien encore brulant à côté de moi. Je pratiquais comme presque chaque soir, mon exercice blogosphérique, quand soudain...

 

Détrompez-vous, aucune blonde platine n'a sonné à ma porte, ni je ne suis tombé sur un de ces sites chauds sur lesquels la plupart des hommes tombent toujours « par hasard ». Non, rien de tout ça.

 

Je disais... Quand soudain, mon œil fut attiré par un petit bouton que je n'avais jamais vu auparavant. Il était innocemment étiqueté « Promouvoir ». Tiens, me dis-je, un verbe du troisième groupe, sympathique et aux accents positifs bien qu' il donnerait du fil à retordre à un écolier à conjuguer ne serait-ce qu'au présent. « Promouvoir » donc je promeus... meuuuhhhh. Et je promus aussi sec. Le bouton se déplia alors comme le menu d'une gargote bon marché... Il y avait des prix,...Rien d'exorbitant sauf si on les convertit en dinars... mais au menu de cette gargote il n'y avait que de l'amour, de l'amour et rien que de l'amour. « Obtenez plus de j'aime » disait la réclame... A peine moins racoleur qu'un « Tu viens chéri ? » lancé par celles qu'on appelait affectueusement les filles de joie à une époque où Facebook n'existait pas encore et donc racolait encore moins.

Je fus interrompu par mon thé qui atteignit juste à ce moment là la température idéale : celle à laquelle il passe sur ma langue sans provoquer de dégâts en étant assez chaud pour que je surveille sa trajectoire dans ma tuyauterie interne.

Je le sirotais en ayant un œil sur l'offre alléchante... La promesse de tonnes d'amour pour un tarif plus bas que celui d'une vieille péripatéticienne à la retraite. C'était très tentant mais... contraire à mes principes. Mais n'a-t-on pas inventé les principes pour faire exister les exceptions ? (Tiens, c'est pas mal, je retiens cette question philosophique, elle pourrait aider à justifier d'autres conneries). Le thé s'accumulait dans mon estomac et diluait mes dernières réticences. Certains accusent l'alcool moi je mets tout sur le compte du thé. Des prétextes, c'est comme les trous du c..., tout le monde en a, disait-on dans une réplique de Platoon.

En me penchant, je croisai son visage dans le miroir. Il avait les yeux fuyants de celui qu'on surprend faisant la queue devant un bordel. A ce regard, je sus qu'il allait le faire, le con. Et il (je) le fit(s). Le prétexte de la pulsion incontrôlée ne pouvait rien justifier car cela nécessita quelques temps. Il fallut choisir le segment du marché visé par la promotion : des algériens des deux sexes, leur âge:majeurs, leurs goûts : la lecture. La cible devait être décrite avec précision pour ne pas rater son coup, si j'ose dire. Il fallait donner des numéros de carte de crédit... rien de nouveau de ce côté là, « l'argent d'abord chéri ». Donc tout cela prit de longues minutes si bien que tout tribunal honnête aurait qualifié l'acte de prémédité. Mais le forfait ne m'empêcha pas de dormir... pas ce soir là en tous cas.

Les vannes de l'amour s'ouvrirent durant la nuit. Au réveil, j'étais inondé... noyé dans un torrent d'amour. ... « Hamid Barça » aime Chatnoir et « Abdelkader real » aussi « Lily la brune » et « soussou angelina » aussi aiment Chatnoir, ils étaient des centaines à m'aimer... Ma courbe des « j'aime » connut une érection exponentielle.

courbe.png

Mais comme toujours, le plaisir ne dura que quelques instants. Il laissa place à la panique... Au hasard de mes clics sur les pages facebook de mes amoureux, je me rendis compte que la majorité colportait des messages religieux, une bonne partie des images glanées sur le web et le reste consistait en une compilation de maximes piochées dans des recueils de citations. Comment satisfaire cette nouvelle clientèle aux goûts si différents des miens ?

Faut dire que ma petite boutique à moi avait ses habitués, la plupart sont des clients silencieux, trahis seulement par les statistiques du blog, qui viennent parce qu'ils aiment ou parce qu'ils détestent (ce qui me sied tout aussi parfaitement). Elle a aussi ses quelques clients connus avec qui j'échange des amabilités sur la marchandise. Je me fais un point d'honneur de fournir des produits frais non recyclés, garantis liberté de ton sur tous les sujets y compris sur celui sensible de la religion même si j'ai mis un peu d'eau dans mon thé depuis. Bref, la marchandise vaut ce qu'elle vaut mais je ne l'étale qu'au critère unique de mes propres envies, de mes émotions et de ma p... de nostalgérie.

Mais maintenant avec la vanne de l'amour ouverte, c'est autre chose. L'amour, il faut l'entretenir. Il faut l'alimenter comme un feu vorace. Quiconque fait la douloureuse expérience physique d'essayer de rallumer une flamme dans les cendres froides meurt du regret de ne pas avoir ajouté des bûches à temps. Et puis, lorsque l'amour s'installe chez vous, il vous contraint à faire attention aux petits détails qui pourraient décevoir ou dégoûter. On ne peut plus se permettre la tasse de thé qui traîne trois semaines sur la table, les chaussettes sous le canapé, les cotons-tiges sur le lavabo et les poils de c... sur la cuvette des toilettes. Et puis, il faut continuer à séduire, à chercher dans les yeux de l'autre ce qui pourrait lui faire plaisir. Je m'apprêtais alors à sortir mes photos. J'en ai des milliers. J'avais remarqué la propension de mes nouveaux amoureux à afficher des photos de fleurs et de paysages de plages et ça tombe bien, j'en ai plein. Je voulais plaquer dessus une maxime efficace et originale : « Quand on aime c'est jusqu'à la mort, on meurt souvent et puis l'on sort, on va griller une cigarette, l'amour ça s'prend et puis ça s'jette »... Puis je me ravisai. Convoquer Léo pour ça, non, pas vraiment le genre de mes amoureux. Je décidai d'opter pour Céline (la chanteuse pas l'écrivain) : « Pour t'aimer une fois pour toutes, Pour t'aimer coûte que coûte » écrite dans une police aux courbes accentuant le côté sirupeux... apposée sur une rose rouge ou un coussin en forme de cœur...

 

J'optai finalement pour une tentative de séduction moins romantique mais qui pouvait tout aussi bien passer auprès des supporters du barça et des geeks boutonneux qu'auprès des donzelles fleur bleue et de la ménagère de moins de cinquante ans. Ce fut un succès qui dépassa mes espérances: un nombre de clics jamais atteint jusqu'à aujourd'hui dans ma petite boutique de quartier. J'avais étalé un mouton noir accompagné d'un texte léger, consensuel et un tantinet drolatique. Je n'eus pas à faire preuve de beaucoup d'imagination car j'en avais une version déjà écrite dans mes brouillons. A l'origine, elle était beaucoup plus trash donc beaucoup moins consensuelle mais je l'ai lissée pour la circonstance.

 

Je me réveille aujourd'hui avec un mal de crâne et une gueule de bois qui se traduisent dans le texte présent. Avec le peu de clairvoyance qui a survécu à cette expérience, j'ai réalisé à quel point j'étais ignorant de Facebook. Faut dire qu'en dehors de ma petite page, je ne pratiquais pas beaucoup cet outil du futur. J'ai vaguement lu dans la presse qu'il servait à faire des révolutions et libérer des peuples... Peut-être, mais j'ai des doutes...

Publié dans chatnoir

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Voronoi 05/11/2012 22:35


Vachement bien écrit chat noir. Comme d'habitude quoi !


C'est vrai que tes lecteurs sont silencieux mais ils sont là et seront probablement là encore. Et puis le silence c'est tellement biennnnnnn.


Tu sais, depuis un certain temps je fuis comme la peste quelques blogs algériens où je te raconte pas comment ça floode dans les commentaires, on ne lit même plus l'article du blogueur (ce n'est
plus nécessaire), on lit les commentaires et on se trolle mutuellement pour montrer qui a la plus grosse (culture je veux dire :))... Et tout le monde a raison que ça en devient suffocant à
force. Que veux tu, l'égo algérien n'a pas de limite !


Du coup j'ai adopté comme maxime cette phrase qui dit "don't feed the troll", je ne lis plus les commentaires, j'en poste un de temps en temps comme ici, pour dire que j'apprécie ce que tu fais.


Mes salutations à Aljia ;)

chatnoir 06/11/2012 22:28



Merci Voronoi pour ce gentil commentaire pour moi... Donc, le client silencieux, c'est toi. Comme, je réponds à tous les commentaires, en cas de flood, je serais emporté par les flots... Quand à
l'égo, je peux t'affirmer qu'algérien ou pas, le blogging est une question d'égo...


Je transmettrai à Aljia



un avis 28/10/2012 09:20


"Quiconque fait la douloureuse expérience physique d'essayer de rallumer une flamme dans les cendres froides meurt du regret de ne pas avoir ajouté des bûches à
temps"


 


Joli! ça sent le vécu

chatnoir 28/10/2012 13:41



Pas seulement le mien de vécu



Soulef 27/10/2012 22:43


Saha Aidek Plastic Bertrand, ça va? dbaht el kebch? slakhtou? Allah ybarek


 


Sinon saha aidek aussi  el qat et saha aidekoum ga3

chatnoir 28/10/2012 13:40



Sah aidek Soulef



Plastic Bertrand 25/10/2012 20:54


@Soulef Désolé je demande pardon tu n'es pas responsable


Si un peu: tu lis?

Plastic Bertrand 25/10/2012 20:41


@Chat noir Tu vires quand tu veux le com précédent, j'ai eu juste un peu trop mal aux yeux


@Soulef Désolé je demande pardon tu n'es pas responsabl

chatnoir 25/10/2012 21:38



Je ne comprends pas. Tu parle de tous les "e" disparus dans le texte? Je suppose qu'elle a été retranscrite à la manière dont elle était chantée par Léo Ferré qui avale les "e"