L'épidémie

Publié le par chatnoir

C'est comme quand tu vois un rat mort au bord d'un trottoir et tu ne te dis rien... à peine, tu penses « Tiens ! Un rat mort ! » puis tu oublies. Tu es loin de te douter que c'est le début d'une épidémie de peste. Tu crois, comme le concierge du docteur, que c'est l'oeuvre d'un mauvais plaisant. Ou pour ceux qui préfèrent le cinéma à la littérature, tu es comme les personnages dans les premières minutes d'un film catastrophe qui ne voient pas dans la petite voie d'eau le naufrage qui s'annonce.

 

Ça avait commencé vers mars 2012. J'avais dû y prêter attention tout au plus un quart de tiers de seconde. Je m'étais dit, le moustachu à lunettes avait tiré sa révérence parce qu'il était fatigué d'être le dernier laïc à des centaines de kilomètres à la ronde. Il faut le comprendre, au bout d'un moment t'en as marre. Déjà bien avant, on lui avait dit qu'il s'était trompé de peuple mais il avait insisté. Puis lorsqu'il avait voulu le printemps à Alger et qu'il s'était retrouvé entouré par deux pelés et trois tondus eux-même encerclés par des milliers de policiers, il avait enfin compris. J'avais supposé qu'il s'était politiquement suicidé suite à cet épisode de terrible solitude idéologique.

 

J'étais loin de me douter que le gars était atteint par une maladie grave et qu'il avait préféré en finir plutôt que de souffrir. Il était le premier cas clinique, peut-être le foyer primaire de l'infection qui allait se répandre et faire des ravages. Il y eut, ensuite, l'autre moustachu à lunettes, et là les symptomes se précisèrent : convulsions dans le corps militant, suite à une fièvre électrorale, hémiplégie du comité central, puis en phase finale, des délires médiatiques. Faut reconnaître que face à la maladie, les deux barbus ont montré plus de résistance que les deux moustachus à lunettes. Ils se sont débattus, ils ont gigoté, ils se sont accrochés à la vie politique. Les deux cheikhs avaient foi en leur guérison. Mais la maladie avait été la plus forte et ils sont partis sans même qu'on ait le temps de faire une brève « salat el janaza » pour les accompagner dans l'enfer de la vie du citoyen de base. Inna lillahi ou inna ilaihi raji3oun.

 

Un ami à moi a une autre vision des choses. Il se moque de ma peur panique de cette épidémie. Il me dit, tu confonds changement de mannequins dans la vitrine politique et choléra. Il est convaincu qu'il s'agit juste de remplacer la collection automne-hiver 1999-2014 par la collection printemps-été 2014-2030.

T'as déjà vu des saisons qui durent 15ans ? Que je lui dis. Et y m'répond, au pays où la nuit dure 130ans et le petit jour 50ans, faut s'étonner de rien.

 

D'habitude, je suis d'un objectivisme scientifique à toutes épreuves. Les histoires comme quoi les épidémies sont des punitions divines, j'en rigole, tu vois. Mais là, je dois avouer que j'ai une bouliga de chez bouliga. Je sens que ce n'est pas une banale histoire de microbes et de virus cette affaire, non, ça sent la puissante volonté céleste. C'est pour ça que je pense que les vieux qui se mettent en quarantaine depuis des mois dans leur palais et qui évitent de serrer les pognes pour ne pas choper le mal se fourrent le doigt dans l'oeil. Quoique tu fasses, le volonté divine te rattrape.

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Toto 09/02/2013 20:12


Je plaisantais pour la comparaison.


Moi, je n'ai aucun respect pour ce genre d'individu et c'est drôle parce que je n'ai jamais su pourquoi. Je ne connais que très peu leurs parcours, mais j'ai toujours appris à me méfier des
politiques et particulièrement les nôtres. D'ailleurs l'un d'eux le démontre si bien aujourd'hui en refusant de céder sa place.


Je ne sais pas ce qui peut bien tourner dans leurs têtes, ils savent qu'on ne les aime pas, d'ailleurs on les a jamais voté, ils ont tous été nommés ou promus à leurs postes, ils ne sont pas
cons, ils le savent très bien mais malgré cela, ils sont toujours là, ils s'accrochent, sans programme, sans vision, sans sujet d'indignation, sans raison d'être. On leur connais pas des
positions politiques, on ne saurait dire s'ils sont de gauche ou de droite mais malgré cela ils sont là, à nous gouverner.


J'ignore s'ils sont là pour servir leurs propres intérêts ou bien pour servir l'Algérie, je me dis parfois pour me rassurer qu'ils ont peut être dans leurs carrières servi à un moment ou à un
autre l'Algérie mais mon scepticisme me rattrape très vite.

chatnoir 10/02/2013 14:04



Ce sont des acteurs qui ont accepté leur rôle contre des avantages de tous ordres. Comme dans la chanson de Brel sur la fameuse famille, y a le démocrate laïc qui s'abirte sous les chars, y a
l'islamiste qu'aime quand même le pognon, y a le nationaliste k'a pas d'état d'ame et l'islamo-nationaliste polymorphe... A chacun son rôle mais manifestement, ils disparaissent du générique pour
la diffusion d'un nouveau film que nous attendons avec impatience, mais ce n'est pas par amour du cinéma que nous regardons car c'est généralement un navet



toto 07/02/2013 22:47


après l'effort le réconfort, ils vont passer des jours heureux au cimetière des sénateurs mais le pauvre rat, n'appréciera peut être pas qu'on le compare à d'aussi viles créatures !


j'ai bcp aimé le billet, un joli style. 

chatnoir 09/02/2013 10:29



Merci Toto,


Mais quand même hacha, je ne les comparais pas à des rats...



Soulef 06/02/2013 16:51


Je ne comprends pas tous les détails du billet mais je n'en apprécie pas moins l'humour malgré mon aversion pour la politique.


allez Boussa!

chatnoir 06/02/2013 19:33



oukht Soulef, shoukrane