Le lieutenant colonel

Publié le par chatnoir

Après l'instruction, nous accrochâmes une étoile blanche sur nos épaules. Devenus aspirants de l'ANP, nous avions reçu chacun son affectation. J'avais relativement de la chance, je fus affecté dans le nord à une grande école de formation d'officiers. J'étais content même si elle était loin de mon lieu de domicile familial. Sur place, on me demanda ce que je pouvais enseigner, j'ai répondu sans hésiter : les mathématiques. Je n'avais aucune expérience en enseignement mais je pensais que c'était ce qui allait le moins m'ennuyer. Aux djounouds, sans niveau scolaire, lorsqu'on demande ce qu'ils faisaient dans la vie civile, ils répondaient souvent cuisinier. Etre affecté aux cuisines garantit un travail relativement facile et permet de bien se nourrir. Dans mon cas, je ne pouvais pas prétendre à servir aux fourneaux, bien que ça ne m'aurait pas déplu. Mais je m'égare.

 

L'école forme des élèves officiers. Elle était dirigée par un Lieutenant colonel A, un homme filiforme au visage à la maigreur cadavérique. Dans cette institution tant décriée par les algériens, on rencontre beaucoup des spécimens qui justifient sa mauvaise réputation... ceux qui se font gratos leurs courses dans l'ordinaire des soldats, ceux qui récupèrent des matériaux de construction ou des soldats maçons pour leur propre maison, pour ne parler que de ceux qui vivotent de petits trafics de la vie banale. Le lieutenant colonel, lui, était différent. La norme étant aux ras des paquerettes, à voir son attitude irréprochable, on avait envie de lui demander : comment s'appelle la planète où tu as passé ton enfance? Quel vaisseau spacial t'a déposé ici? Il paraissait être  un extraterrestre.

 

En dehors de l'armée,  une petite expérience professionnelle dans les entreprises nationales algériennes, permet de rencontrer toutes sortes de personnes : Le PDG ignare arrivé là par la grâce du jeu politique, celui qui est moins ignare et pense de ce fait qu'il est un génie, le mec qui est là depuis... depuis... tellement longtemps qu'il pense que ça lui donne tous les droits, le petit con fraichement diplômé qui croit que son bout de papier le dispense d'efforts et qui prend de haut des gens moins (ou pas du tout) diplômés que lui mais qui ont mille fois de métier en raison de leur expérience. Généralement, à quelques rares exceptions près tout ce beau monde croit qu'il n'a rien à apprendre de l'autre.

 

Je disais que le lieutenant colonel A était différent. Nous avions, nous petits appelés méprisés, sentis deux jours après notre arrivée qu'il était différent. Réunion dans une grande salle. Salut militaire. Il demande à tous de s'assoir, pose son képi à la visière dorée sur la table et commence à parler. Dans l'armée, on s'habitue à un certain discours. "At targhib ou tarhib". On te répète jusqu'à la nausée : si tu es bien, tu fais ce qu'on te demande, ça va, sinon, sinon gare à toi. "Billati hiya a7san" et si tu ne comprends pas : "billati hiya akhchan" comme aimait à répéter le cheffaillon qui nous guidait pendant l'instruction. Alors au bout d'une certain nombre de discours, tu déconnectes. Pendant qu'ils parlent, personnellement, je chantais dans ma tête. Je choisissais toujours "emmenez moi" d'Aznavour non seulement parce que j'avais envie d'être ailleurs en ce moment là mais parce qu'elle est difficile et demande de se concentrer sur les paroles.... d'Azanavour, pas du petit chef qui nous sermonnait. Mais je m'égare encore.

 

Je disais, le lieutenant colonel A était différent.... Enfin, je le dirai une autre fois

 

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Soulef 21/07/2011 18:22


Dis, tu es parti en vacances ou quoi!

On s'impatiente... J...e m'impatiente.


chatnoir 28/07/2011 10:43



Here I am... ça fait plizir de savoir qu'on s'inquiète pour soi