Le train

Publié le par chatnoir

Dans le recueil de nouvelles : La ceinture de l'ogresse (Hzam Elghoula) de Rachid Mimouni, il y en a une que je trouve particulièrement savoureuse. Elle est intitulée : Histoire de temps. C'est l'histoire d'un petit village avec une petite gare dont le train numéro 1537 est le seul lien avec le monde. C'est par ce train qu'arrive l'instituteur qui officie dans l'unique école du village et par ce train qu'arrive le courrier et que le village s'approvisionne en denrées nécessaires. Le chef de gare est le personnage central de la nouvelle, fonctionnaire à l'ancienne, soucieux de la ponctualité de son train, de sa moustache et sa tenue de rigueur pour accueillir le 1537. Dans le village, enserré dans sa tradition séculaire, le chef de gare est mal vu mais perçu comme nécessaire par sa fonction et son savoir faire avec la compagnie de chemin de fer.

Un jour, la compagnie de chemin de fer décide de moderniser ses infrastructures et de construire une nouvelle ligne pour faire rouler des trains plus rapides et plus fréquents. Le chef de gare était tout fier de recevoir les ingénieurs venus présenter le projet aux villageois. Ces derniers, impressionnés, sont intrigués par un point apparaissant sur le tracé de la ligne. Les ingénieurs expliquent que ce point représente une petite bâtisse à l'écart du village qu'il faudra détruire ou déplacer parce qu'elle se trouve sur la trajectoire la plus naturelle de la ligne. Levée de boucliers, certains sortent le fusil, d'autres des armes blanches... On veut détruire el qobba, le mausolée de Sidi Flen ! Les ingénieurs plient leurs cartes et s'en vont. Le chef de gare est affecté par cette issue malheureuse, peste contre les villageois arriérés... tout ce petit monde reprend ce train train...

Un jour le 1537 cesse de s'arrêter au village. Le chef de gare l'attend des jours et des jours négligeant chaque heure qui passe sa tenue et sa moustache. Le train ne venant pas, le village se met à s'approvisionner à dos de mulet avec toutes les limitations que cela entraîne, le courrier n'arrive plus, l'instituteur abandonne le village et le Taleb reprend du service en se substituant à l'école. Le village retrouve peu à peu un mode de vie ancestral... hors du monde... Le chef de gare dépérit peu à peu et meurt... la gare abandonnée devient un terrain de jeu pour les enfants, des herbes poussent entre les rails et la mémoire de l'utilité des deux solides lignes métalliques plantées par terre est perdue...

 

L'histoire se finit par des nouvelles du 1537... le train dessine une courbe sur une ligne neuve qui contourne le village et roule à très vive allure  vers le village voisin.

 

Cette jolie métaphore sur le progrès (si tant est qu'on puisse proprement définir cette notion) qui bouscule nécessairement l'existant et notamment dans ce qu'il a de plus sacré a été écrite en 1990. On pourrait se dire qu'après tout, ce village a retrouvé une vie saine et tranquille. Une mise à jour plus dramatique et plus conforme à la réalité d'aujourd'hui ajouterait une fenêtre virtuelle par laquelle les jeunes de ce village observeraient le monde, facebook et le satellite... Des jeunes dont les cadavres jonchent les lignes de chemin de fer à essayer non pas de traverser la mer mais de prendre en marche un train qui roule à vive allure...

Publié dans Lebled

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algerianna 19/01/2012 13:20


Yes Chatnoir, I recommend it, it is humorous and has some philosophical insights and it is quite short too which is a good thing (much shorter than Tolkien's masterpiece ).


Pour 1537, je continue à croire que hada houwa beyt el qassid. Surtout lorsqu'on considère le fait qu'il n'y a pas de système de numérotation 'logique' en Algérie, beaucoup de rues, cités n'ont
même pas de noms.


Alors moi je pense que the real meaning of being Algerian is the number 1537. This is the esoteric meaning of this.

chatnoir 19/01/2012 19:34



Well, if it is humourous, it's time for me to read it...


A propos de 1537, l'absurdité d'un chiffre sans sens particulier et l'histoire d'un système qui ne marche pas sans qu'on sache pourquoi, lire dans le même recueil de nouvelles : les vers à soie.
C'est l'histoire de quelqu'un qui veut faire fabriquer de la soie à des vers à Tlemcen...



The Matrix 15/01/2012 23:05


Correction d'une faute grave !


PS2: 1537 est un nombre composé que de chiffres impaires, mais puisqu'il n'est pas premier, donc...aucun interet

chatnoir 16/01/2012 20:36



Fallait aller les chercher un peu loin les diviseurs de 1537... le premier est à 29... il m'avait pourtant tout l'air d'être premier



The Matrix 15/01/2012 20:58


Si je dois faire un seul commentaire après ma résurrection éphémère, qu’il soit ici sur ce blog et précisément sur cet article.



Cette nouvelle m’intrigue, elle me pose un vrai problème. Bien que la métaphore soit assez représentative de la situation de notre cher « Grand village », elle mélange les rôles et brouille les
pistes. Si j’étais responsable (b3id Echar) de l’examen de la philo au Bac, je donnerai cette nouvelle en posant la question pour laquelle je ne trouve pas de réponse :
« Quel est l’unique responsable de la situation du village? »
Je serai très curieux de voir les copies.



PS : J’étais agréablement surpris de voir à droite le titre de mon post sur ton Facebook. Je suis très touché wallah par ta description et ton appel au vote. Quant au pessimisme je dirai que
c’est dans les tissus noirs qu’on fabrique les plus beaux costards ;-)


PS2: 1537 est un chiffre composé que de nombres impaires, mais puisqu'il n'est pas premier, donc...aucun interet



Merci Chatnoir

chatnoir 16/01/2012 20:35



Merci de me réserver ton commentaire éphémère.


Ta question philosophique est intéressante. J'y répondrai à ma manière. J'ai lu plusieurs fois cette nouvelle à la sortie du livre, il y a plus de 20ans et il y a dedans plus de choses que ce que
je raconte. Je ne l'ai plus relue depuis et j'ai écrit l'article de mémoire. Pourquoi je dis ça? parce que je n'en ai retenu que l'essentiel, tous les détails se sont effacés de ma mémoire. Ainsi
l'Histoire parlera de l'Algérie à l'avenir. Elle aura oublié Boumediene, Bouteflika, Chadli, le général Toufik, Hdidouane et Ma Messaouda... L'histoire retiendra juste que LES algériens ont été
incapables d'instaurer un état viable et solide malgré 50années d'indépendance.


En relisant, la nouvelle après avoir écrit l'article, j'ai retrouvé plein de détails, ce ne sont pas des ingénieurs, c'est un topographe mais ça c'est secondaire. Il y avait un maire pour
décider. On pourrait tout lui mettre sur le dos mais ses administrés étaient d'accord avec lui. Ils lui auraient reproché sa décision si elle était contraire à leurs souhaits. Peut-être que les
administrés auraient, en connaissance de cause même en sachant les conséquences fâcheuses de leur décision, décidé ennif ouel khsara, on conserve notre Qobba et nos traditions et merde au
progrès. Peut-être qu'un maire éclairé aurait, contre l'avis de ses administrés, décidé d'imposer la voie en écransant la tombe de Sidi flen. Un action dictatoriale, en étant convaincu que ses
administrés le remercieraient plus tard dans les livres d'histoires....


 


peut-être, peut-être, plein de détails que la grande Histoire négligera et que le citoyen plongé au coeur des évenements suit en haletant à chaque rebondisseent.



algerianna 15/01/2012 12:03


Very apt metaphore. Does the number 1537 has any symbolic significance? Or is it just a '42'-type of literary prowess? (am refering to the Hitchhiker's guide to the galaxy, by Douglas Adams). I have never
read this author, I will add him to my reading list.

chatnoir 15/01/2012 18:12



Heard of the Hitchhiker's guide to the galaxy as somehing to read but never did...


I don't know if 1537... has a meaning but... wait a minute... 1 5 3 7 ... 1+3=4 and 7-5=2.... 42, that's the hidden meaning. It's the exact moment where the audience whispers a Soubhanallah!...
an other miracle is thrown in the face of the unbelievers!


Ok, ok... I am completely out of the subject...



Farasha 13/01/2012 23:13


le comeback d'un chat noir sous forme d'une metaphore, un vendredi 13, le mystere continue!

chatnoir 14/01/2012 09:31



On écrit sur son blog ou on écrit pas... question de nefha... Y a pas de mystère