Nos imams sont meilleurs que leurs imams

Publié le par chatnoir

Le titre de ce post paraphrase une réplique comique d’un film hollywoodien (l’étoffe des héros). En apprenant que les russes avaient réussi leur premier vol spatial, le président américain s’était écrié : « Pourtant, nos allemands sont meilleurs que leurs allemands ». Allusion faite aux savants nazis que les deux camps avaient réussi chacun à attirer et qui, en raison de leur très haute technicité permettaient à chaque bélligérant un avantage dans la course spatiale. Par les temps qui courent dans le monde arabe, chaque parti, dictateurs vieillissants ou chaînes satellitaires, s’est adjoint les services de Oulémas chargés de convaincre les ouailles à coups de fatwas.

 

On a pu voir l’imam attitré de la télé libyenne, argumenter à coups de ayates, de hadiths et de sayidouna Ibrahim. Tout en roulant les yeux d’une gêne palpable, il mettait en garde contre le risque de perdre el amn qui est nécessaire à toute vie heureuse. De leur côté, les imams de la grande « démocratie » saoudienne ont déclaré illicites ces révolutions car voyez vous l’islam exige l’obéissance aux oulou al amr. Par conséquent ces manifestants qui dégueulent les dirigeants ventripotents commettent un péché de désobéissance aux potentats corrompus. Le salafistes de la Jordanie condamnent avec la plus grande fermeté ces soulèvements. L’islam ne connaît pas de djihad pour la démocratie, ya latif ! Au plus fort de la crise égyptienne, le régime a fait appel aux « sages » chouyoukh d’Alzhar et pour avoir un peu plus de crédibilité, ils ont même réussi à recruter un prédicateur cathodique vedette : le dénommé Mahmoud Al Masri afin qu’il appelle les jeunes à rentrer chez eux au nom de la recherche d’al amn et l’istiqrar. Tout cela est toujours appuyé de références religieuses incontestables évidemment.

 

De l’autre côté, Al Jazira s’est employé à faire usage de son arme de destruction massive : Al Qardawi qui au nom cette fois le combat contre At Toughat, a appelé toujours à coup de ayates et hadith à soutenir les soulèvements. Des opposants islamistes libyens se succèdent aux micros et joignent leurs prières et leurs fatwas au concert révolutionnaire.

 

La religion, pour ceux qui y croient, sert à donner un sens à l’existence, à aider à vivre mais elle est transformée depuis belle lurette dans nos contrées en un enjeu politique. Ce n’est pas nouveau, certes, surtout en terre d’islam et cela depuis les premiers temps (lire à ce sujet Ali Abderraziq « l’Islam et les fondements du pouvoir »). Le discours religieux islamique est à géométrie variable. Il peut servir à dire une chose et son contraire selon les intérêts et les calculs politiques.

 

Pour les islamistes, quel que soient leur bord, ce n’est pas le peuple qui est la source du pouvoir mais Dieu. Comme personne n’a encore vu Dieu ni eu le privilège universellement reconnu de recueillir sa parole, c’est à une poignée de machayikh de nous l’asséner, au gré de leurs propres contradictions dont l’intérêt personnel ou celui de puissants tient lieu de leitmotiv.

 

Il faut toutefois reconnaître qu’il y a une évolution très nette du corps social vers la modernité même si celle-ci n’est pas totalement assumée. Les frères musulmans d’Egypte ou de Tunisie commencent à intégrer les notions de société civile et de dawla madaniya. Ils commencent à comprendre que le rôle d’un gouvernement n’est pas de mener les gens à un hypothétique paradis ce dont chaque individu s’emploie à réaliser lui-même selon ses convictions. Ce qu’on demande à un gouvernement c’est une organisation capable d’offrir des conditions bien terrestres d’une vie décente et épanouissante pour les administrés.

Publié dans Jiranna

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