On the road (arrivée)

Publié le par chatnoir

Le mec sortait l'oiseau tremblotant de la cage... je ne sais pas si l'armée de ses congénères restés en sursis dans la cage lui faisaient un Adieu mais ça m'avait fait penser au film Toy Story et au grappin... Le petit animal était aussitôt égorgé dans un geste machinal puis jeté par terre pour ne pas éclabousser l'égorgeur en exhalant ses derniers souffles de vie... La pauvre bête était ensuite rôtie au feu de bois et consommée par une horde de clients impatients... Qu'y avait-il à manger dans ces frêles volatiles ? Mystère... mais un mystère que je n'avais nullement envie d'éclaircir. Un papa s'arrêta non pas pour se restaurer de h'jel mais pour céder à la demande insistante de ses gosses d'assister à la tuerie. « Baba ! Baba ! Khalini n'mess wahed, 3lah 3lah ! »... refus catégorique du père : « t'farjou ! si tout »... commentaires amusés des gosses sur tel oiseau qui s'obstinait à s'accrocher à la vie et se tenait debout la tête à moitié arrachée, « 3li mout waqaf ! ». Comment pouvait-on laisser des gosses regarder cela ? J'eus une envie soudaine d'attacher les chiares et surtout leur père à une chaise et leur faire écouter pendant cinq heures en boucle la voix ensorcelante de Oumaima al Khalil pleurant sur ce 3ousfour elli tal mni chebbek...

 

Des gamins se faufilaient par dizaines entres les voitures pour vendre cigarettes, bonbons, bouteilles d'eau...Le jour où le tunnel de Lakhdaria s'ouvrira, tout ce beau monde sera au chômage...

Plus loin et plus gai les marchands de fruits exhibaient une marchandise colorée de melons, pastèques, pêches et surtout de figues fraîches... Les énormes paniers empilés et remplis de figues qui semblaient mûres au point d'avoir la peau éclatée par endroits exhibant les délices rouges qu'elle cachaient sous leurs parements verts... j'ai toujours pensé que la version algérienne du fruit défendu prendrait la figue comme symbole de la tentation... et de l'érotisme. Le taxieur n'avait pas l'intention de s'arrêter pour nous permettre d'en acheter... on pouvait prendre le risque de descendre et compter sur la circulation ralentie pour rejoindre le taxi... un risque que je ne prenais pas.

 

Pendant ce temps, grande gueule faisait toujours la leçon à ses compères qui n'osaient plus le contredire. Au bout de quelques heures de voyages, il étaient totalement convertis à toutes ses théories, celles qu'il avait déjà énoncées et celle qu'il énoncera dans les deux heures qui nous séparaient de la gare routière d'el Kharrouba...

Pendant quelques minutes la circulation s'arrêta. Un gros et luxueux véhicule stoppa à notre niveau. Une passagère regarda derrière ses lunettes de soleil les péquenots entassés dans le 504 jaune. Sa tête était appuyé contre la vitre et exprimait la lassitude d'un voyage qui n'en finissait pas... tellement jolie son expression mélancolique que nos regards de péquenots ne firent même pas semblant de regarder ailleurs. 

 

Je ne savais pas pourquoi mais dès que la voiture nous dépassa, je sentis que "grande gueule" allait être le premier à rompre le silence régnant lors du passage de la belle... Sa phrase tomba comme une sentence "Les femmes ne m'intéressent pas..." dit-il. Traduction : cette femme ne m'intéresse pas. Raison officielle : On ne peut plus leur faire confiance.  Raison officieuse : Dans sa grosse bagnole à 500 briques, elle est tellement belle et inaccessible  pour des péquenots dans une 504 jaune qu'il valait mieux se persuader qu'elle ne nous intéressait pas... Version négative du "faut aimer ce qu'on a"... "faut détester ce qu'on ne peut avoir"... Tout le monde approuvait dans le taxi. Chacun en rajoutait une couche sur le thème : "ces femmes, on n'en veut pas" même le taxieur hochait la tête d'approbation. Une discussion de faux-culs à laquelle j'avais trouvé amusant de participer. Une discussion tellement surréaliste et minée par le déni de la réalité qu'on en avait oublié l'embouteillage...


Sans le remarquer nous avions passé le barrage de Reghaia. C'est un des petits vieux à l'arrière, plus attentif à la route qu'à notre déversement de frustrations, qui cria soudain « Hada el barrage ta3 reghaia well ? »... Passer le barrage de Reghaia pour le voyageur venant de l’est, c’est comme passer le cap Horn pour un navigateur qui fait le tour du monde... Les téléphones portables surgirent des poches, on appelait, on rassurait : « J’ai passé le barrage de Reghaia »... C’est aussi le signal à ceux qui viennent vous attendre à El Kharrouba de démarrer... Immergés dans la cohue de la capitale, contents d’être au bout d’un voyage qu’on aurait crû éternel, nous n’avions que le mutisme pour fêter la délivrance... Nous nous séparâmes dans la gare routière... Les embrassades d’Adieu furent organisés par « Grande gueule » qui s’est installé dans son rôle de leader naturel de notre groupe éphémère... Avant de partir, il me demanda d’un air soupçonneux : « Pourquoi tu prends des notes à chaque fois ? »... je ne répondis pas.

 

Publié dans chatnoir

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The Matrix 20/10/2011 20:40



Un chat noir apparaît, la scène se répète deux fois...un bug dans la Matrice...des
modifications ont été apportées...lesquelles?...Les portes et les fenêtres ont été murés...impossible d'entrer...impossible de taper plus de "deux mots"


Si tu préfère la scène de l’interrogatoire, en effet, Smith a réussi de m'empêcher de s'exprimer. 


Si dans le film la bouche de Néo se lie, ...moi mes doigts se collent.
Heureusement dans la scène d’après, Néo se réveille de cet affreux cauchemar...et reçoit un coup de fil de Morpheus en personne..



chatnoir 22/10/2011 12:14



Je ne saurais jamais ce que tu voulais dire.... c'est ça le plus terrible



The Matrix 20/10/2011 20:37



Entièrement d'accord...ceci n'est qu'une image de pipe



The Matrix 19/10/2011 22:44



deux lettres



chatnoir 20/10/2011 19:33






 


Paraphrasant le fameux tableau de Magritte, ce que tu as écrit ne sont pas deux lettres.



The Matrix 19/10/2011 20:54







chatnoir 19/10/2011 22:27



Dans Matrix, à un certain moment, Neo, entre les mains de Smith n'a plus de bouche...


Je crois que Smith t'empêche de t'exprimer


 


Essaye de taper juste deux lettres rassure moi.



Une Lectrice Fidèle 18/10/2011 00:48



WAW, et tu arrives à comprendre son accent??


Oui, certes j'ai beaucoup d'affection pour cette chanteuse "à cause de notre ville natale", mais je ne suis pas fan de ses chansons.


Y a un seul titre que je trouve pas mal, "nta godami" : (passe devant moi, je te suis).Elle a rayonné sur le Zénith de Paris avec cette chanson.


Allah yerhemha, elle n'a pas eu une vie heureuse surtout quand elle était en Algérie lors de ses débuts.


 



chatnoir 19/10/2011 22:24



Allah Yerhemha...