Qui dit l'Histoire?

Publié le par chatnoir

A quoi sert l'Histoire ? Qui dit l'Histoire ?

 

Au cinquantième anniversaire de l'indépendance de notre pays, ces deux questions restent brûlantes. Il y a d'un côté ceux qui arrêtent l'horloge historique de notre pays à l'avènement de l'Islam pour la faire redémarrer ensuite à la guerre de libération et de l'autre côté ceux qui en définissent le début au moment de l'avénement de l'islam niant toute la période préislamique. Postures extrêmes et idéologiques. De ces deux positions sont nés les clivages qui dessinent de graves lignes de fractures dans notre société. Ces clivages sont le résultat d'un des nombreux échecs du pouvoir algérien à former une véritable identité nationale. L'Algérie moderne dans ses frontières actuelles est le produit de la guerre de libération nationale qui a mis fin à un siècle et demi du traumatisme qu'a été le colonialisme. Cet événement majeur de l'histoire de notre pays aurait dû être le socle fondateur de la nation algérienne moderne sans reléguer bien sûr au second plan les périodes antérieures... toutes les périodes antérieures. Les nations se fondent sur leurs tragédies et leurs douleurs communes. Elles unissent et soudent beaucoup plus que ne le font les joies communes éphémères par nature.

 

Récemment, le scénario d'un film consacré à Larbi Ben M'hidi, figure majeure de cet événement majeur a été refusé par le ministère des Moujahidine. Le scénario est écrit par le journaliste Mourad Bourboune et l'historien Mohamed Harbi tous deux moutons noirs du régime qui s'est accaparé le pays et sa mémoire. Quelle étrange règle veut que l'autorisation du ministère des moujahidine soit un préalable à tout film sur la guerre d'indépendance ? On devine bien que, rien qu'en citant les noms des scénaristes, les accents du film n'allaient pas ressembler à une réunion post-indépendance d'une kasma FLN (comme le navet de Rachedi sur Benboulaid). On devine bien sûr que le film allait montrer que Ben M'hidi, le militant, le visionnaire concentre en sa personne et son histoire le symbole de ce qu'il pouvait y avoir de meilleur en nous-mêmes algériens. Celui à qui ses ennemis ont présenté les armes comme à l'un de leurs chefs respectés est donc l'antithèse de ce qu'est le ministère des Moujahidine qui représente le pire de ce que nous pouvons être. Devenu un vulgaire syndicat distribuant des licences de taxis et d'importation, des avantages indus et bassement matériels, cet organe a dévalorisé aux yeux d'une jeunesse en manque de repères, les valeurs suprêmes qui fondent notre nation à notre époque.

 

A quoi sert l'Histoire? A nous forger une conscience commune, à nous faire connaître nous même dans ce que nous avons de meilleur et de pire. L'Histoire n'est pas un conte de fée ni un récit d'aventures. Il faut cesser de nous la raconter comme des bisounours. Celui qui est né le 5 juillet 1962 aura 50 ans dans quelques mois. Il est peut-être adulte... Il peut comprendre et écouter. Il faut lui dire que Ben Boulaid a gagné le jour où il a vaincu un ennemi bien pire que l'armée coloniale. Il a vaincu provisoirement un ennemi qui est revenu aujourd'hui plus fort que jamais. Il a vaincu l'esprit clanique des tribus et des 3rouch dans son Aurès natal qui faisait que les haines enfouies et les rivalités ancestrales désignaient comme ennemi, non pas le système colonial mais le clan voisin alors qu'il vivait dans la même misère. Benboulaid a vaincu cet ennemi sournois et redoutable grâce à son sens du sacrifice et à sa personnalié hors du commun  qui le rendaient le laeder indiscutable aux yeux de tous, ceux de son 3arch et des 3rouch rivaux. Avec un niveau de conscience politique élevé, il a usé de cette respectabilité pour faire oeuvrer tout ce monde dans un but commun. L'émir Abdelkader un siècle plus tôt a dû affronter le même redoutable ennemi et s'imposer par sa force morale et parfois par la force tout court contre les tendances naturelles à la division qui poussaient certains imbéciles à combattre leurs frères aux côtés de l'armée française.

 

L'Histoire nous apprend tout sur nous mêmes... y compris sur nos tendances les plus néfastes... Mais qui dit l'Hsitoire? Je ne sais pas mais il ne faut surtout pas que ce soit ceux qui ont dilapidé le capital d'enthousiasme et de passion né de la guerre d'indépendance. Ceux qui ont transformé la lutte pour l'indépendance en une vulgaire machine à sous.

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Eljin 26/02/2012 03:43


Durant mon Service National (1973-74), J'ai pu revisiter la ville de Constantine (1964 la première fois) et un mémorial (un arc de triomphe) érigé par la France aux soldats morts durant la guerre
mondiale. Je fut stupéfait de voir des noms sur les plaques de marbre effacés au burin. Geste imbécile et dérisoir. Fallait-il s'allier aux Nazis parce que la France occupait l'Algérie? On ne
peut ni écrire ni dire l'histoire tant que la pensée unique demeure l'officielle. Pour être juste, beaucoup de pays ont aussi des difficultés à assumer une partie de leur histoire, sauf que chez
nous c'est presque la totalité qui est occultée ou falsifiée...!

chatnoir 29/02/2012 10:33



Les constantinois l'appellent El moulima... (le monument). C'est débile de casser pour casser mais enfin, il y a plus grave, le fait qu'un si joli point de vue surplombant la ville et ses
environs, avec sa table d'orientation... soit si mal fâmé qu'il est devenu dangereux d'y aller même en plein jour...



el7arrag 25/02/2012 01:09


Wizarate el moujahidine possède un droit de veto sur les films historiques? Loin d'être un adepte acharné du libéralisme économique, je me dis qu'il nous faut d'urgence des Majors nous aussi...et
des cinés...et un public...et une industrie cinématographique. aki tesm3i ya fakhamat alwazira Khalida? Sur un registre plus grave, en pensant à la manière dont j'ai appris comment des gens de la
trempe de Abane Ramdhane, Krim Belkacem et Mohamed khider ont été assassinés, au mépris dont a été victime Ferhat Abbas, aux discordes pré et post indépenance qui ont entaché notre glorieuse
épopée révolutionnaire, j'ai la haine. La haine parce qu'on ne m'a pas appris ça sur les bancs de l'école. Comme si on m'avait confisqué une partie de mon histoire. Pire, on l'aurait
maquillée, on nous aurait menti. Chose somme toute bien banale quand le politique donne le ton et que l'historien danse sur ses petites phrases malhonnêtes.


Hani ferraRt 3la gelbi. 

chatnoir 25/02/2012 10:11



Ferraght achkara!


Les luttes intestines au sein du mouvement national ont été occultés parce qu'on nous prend comme toujours pour des citoyens mineurs tout juste bons à  gober des contes de fées pour
enfants... Tout cela procède du même mépris généralisé dans lequel les citoyens algériens sont relégués par les amasseurs de fortunes...



RChS 24/02/2012 21:52


L'histoire doit etre ecrite par des historiens, qui eux sortiraient du peuple. Mais la chose la plus importante, ce que lon doit avoir claire, cest que lhistoire nous la construisont tous, toi
moi, le chat, le president, mes grand parents, tout le monde, avec notre volonté de changement ou simplement avec notre scepticisme. La force d'une fourmis et plus forte que celle dun elefant,
elle peut supporter 20 fois son poid, imaginez des milliers de petites fourmis comme vous ou moi....

chatnoir 25/02/2012 10:08



Oui, nous la construisons tous... c'est pour ça que personne ne doit la confisquer.



algerianna 23/02/2012 20:08


Exact. C'est justement cette abstraction qui n'est pas facile et si on arrive pas à conjurer un myth assez puissant pour reléguer les allégeances tribales au second plan, eh bien klana boubi!


Le nationalisme algérien a échoué et il n'y a pas d'alternatives autre que l'Islamisme. C'est le cas de toutes les sociétés Arabes d'ailleurs.


Le travail de recherche etc n'a pas commencé parce que le systeme n'a aucun interet a ce que ça commence. Il faut dire aussi que notre peuple s'en fout un peu puisque la lecture n'est pas notre
passe-temps favori. Donc l'histoire algérienne n'interesse que les historiens (academics) et les gouvernement qui ont recours aux études stratégiques pour formuler leurs politiques.

a 24/02/2012 20:52



J'ai remarqué que Boubi devenait d'une grande voracité à proximité des latitdes 30 et aux alentours de longitude 0. Mkhalla fina walou...


Hélas, il est vrai que le peuple ne lit pas ou plus... qu'il n'a plus que deux activités prier et gagner de l'argent....



MnarviDZ 23/02/2012 07:30


Le president d'un nouveau parti donne la reponse ici, que chacun ecrive son histoire.
Je parie que certains vont voter pour son parti rien que pour cette declaration.

chatnoir 23/02/2012 19:35



Al hamdoullilah, on a un nouveau parti... la démocratie se porte de mieux en mieux. Un homme expérimenté ce B3aibech, ancien secrétaire général du RND, ce qui pourrait aussi dissuader de voter
pour lui... malgré sa déclaration.