Schizophrénies... (1/2)

Publié le par chatnoir

En chaque algérien sommeille un houmiste. Le mien se réveille à chaque séjour dans mon quartier. Il me repousse alors dans un coin de mon cerveau et m'intime l'ordre de m'y tenir à carreau... sinon...

Je m'exécute sans même avoir écouté la menace. Fort heureusement, il m'autorise à l'observer évoluer dans son monde. Pour moi, l'observer est un pur plaisir... je lui abandonne tout... je me repose. Je le laisse prendre une totale possession de mon corps, il m'habille, commande mes gestes et me met les mots à la bouche.

 

Il s'accapare mes prérogatives les plus intimes. Il commence dès le réveil par me dispenser de la corvée du rasage quotidien. Il trouve absurde le fait de s'obstiner à faucher des poils qui se repointeront dès le lendemain. A l'époque où j'essayais de le raisonner sur ce point, je lui avais parlé du miroir et de son rôle dans l'estime de soi. Il me répondait sèchement qu'il n'avait que faire de ce vulgaire accessoire féminin. Lui est un homme... un vrai.

 

La porte d'entrée de la maison s'apparente, pour lui, à la porte des étoiles du fameux film Stargate. Elle est le point de passage entre deux univers parallèles : LE DEDANS, féminin, familial, « gros-mots »-free comme on dirait aux states... c'est l'espace sacré de ma mère qui, je dois l'avouer avec tristesse, l'aime plus que moi et LE DEHORS, masculin, vulgaire, parfois violent mais offrant le cadre à la chaleureuse et nécessaire communion de ouled el houma.

 

Il me met aux pieds une savate en matière plastique aux couleurs du Real de Madrid d'où mes orteils débordent.... ridicules. Il m'habille d'un pantalon de survêtement et d'un tee shirt verts et blancs. Après le franchissement de la Stargate, il me commande en général de m'arrêter quelque temps au pas de la porte. C'est une pause qu'il juge nécessaire pour prendre une bouffée de houma et méditer sur les choix essentiels de ce début de matinée. Que faire ? Aller directement à la supérette pour faire les courses demandées par la mère et discuter le coup là bas ou aller d'abord au café prendre un Expresso serré et discuter le coup aussi.

 

En général, avant que son esprit ne tranche le dilemme, un autre houmiste passe par là... Une bise quadruple sur les joues... un échange de ça va, labess, rana ntb3o... et on fait un bout de chemin ensemble vers le café ou la supérette... Je n'aime pas cette inflation de bises démultipliées par autant de houmistes rencontrés et par jour car le lendemain, avec les mêmes, on recommence. Lui, il adore ce qu'il considère comme un contact affectueux. Il est plus sentimental que moi.

 

A la supérette, au café ou dans n'importe quel commerce du quartier, l'ambiance est la même... Des houmistes réunis par groupes d'âge forment des attroupements sur le trottoir... le temps passant, les groupes se font, se défont, se recomposent...

 

Il y a le houmiste célibataire, au chômage, fauché et qui taxe une cigarette par ci, une cigarette par là... Il y a le houmiste au lycée ou à la fac, non moins fauché... Il y a le houmiste marié, un peu plus âgé, généralement plus pressé, trimballant un gamin... de préférence un petit garçon que tout ce monde cajole comme le houmiste en devenir qu'il est... Il y a des houmistes plus âgés parfois beaucoup plus âgés, certains sont des cadres... Ils se fondent dans le microcosme par nature égalitaire de la houma. Ils sont, à peine, un peu plus écoutés que les autres....

 

On s'échange des banalités et des certitudes communes. Les fondamentaux ne sont jamais remis en cause. Les débats parfois intenses portent sur les détails... quelquefois, ils s'apparentent à des enchères : qui d'entre les débatteurs est le plus certain que les certitudes communes sont certaines...

Publié dans chatnoir

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Loundja 23/03/2012 12:24


You can take le chat noirout of alhouma but you can never take alhouma out of le chat noir... cliche but true

chatnoir 23/03/2012 19:04



Right Loundja... It is the same for Algeria



el7arrag 14/03/2012 17:15


Annouche, c'est le terme algérois pour définir un ''fachfouche'', wahéd ta3 la ''tchicthi''. Wahéd un peu bourgeois, 3a9él et sans histoires, et un peu amateur de modes.

chatnoir 14/03/2012 22:45



Ah, il faut que je me mette à jour alors... Tchi tchi, c'est vieux mais j'en étais resté à Papiche...


Je ne suis pas du tout annouche alors... ni moitié ni un quart...



el7arrag 13/03/2012 21:23


Ma3a koul i7tirami, hadou les sentiments, cette ambivalance houmiste/annouch ne peuveut être compris que par un mec. wella la chat noir?


Ki kount fi CEM, je rentrais m3a jaarti qui était ma meilleure amie, ou plutot oukhti en fait, et comme kanét chuia fachfoucha, ki kouna n9arbou men le quartier (Fi annaba on dit ''El Karti'' au
lieu de houma) je lui interdisait de parler, vu qu'une phrase sur trois était en français wella elle me parlait du dernier épisode de Dawson Creek. Allah ghaléb, Street credibility oblige.

chatnoir 14/03/2012 13:01



annouch??? wallah mana3raf had el moufrada...


Sinon, tu as raison, en parlant de séries américaines... en français... et m3a jartek, y a de quoi tatehrag fel karti pour toujours...



algerianna 12/03/2012 21:56


Nou nou nou, mon livre de chevet c'est Das Kapital depuis des années (parce que j'y pige rien). Vive le prolétariat! Aya publiyi la 2eme partie saha.

chatnoir 12/03/2012 22:19



Das Kapital... prends la version française ou anglaise, tcompreniha khir.


la 2eme partia hatta naktabha ydabarha rabbi



algerianna 12/03/2012 20:32


Akhah Chatnoir houmiste? Awah je boycott ce blog


Tu mets 'lebligha' de le3djouz quand tu vas acheter 20 baguettes de pain et chkara hlib pour le diner?

chatnoir 12/03/2012 21:18



Je mets du 45 et Le3djouz dans les 38/39.... c'est l'unique raison pour laquelle je ne mets pas lebligha dialha... De plus le dîner bel hlib, c'est pas trop notre genre...


Je me rends compte que vous êtes nombreuses à être bourgeoises.... finalement