To be or not to be...

Publié le par chatnoir

Lorsqu'ils touchent à ce qu'on a de plus intime et de plus fondamental, les nécessaires questionnements ne peuvent qu'être douloureux. Que faire alors ? Les nier et feindre les oublier ? Eux ne s'embarrassent pas de tels égards et s'imposent avec l'insistance d'une rage de dent qui ne s'apaise qu'une fois les causes traitées. Doit-on se chercher des responsables à son propre malheur et tenter de tromper la souffrance par la complainte contre ces méchants ? Et après ? Doit-on se shooter à la morphine et subir l'accoutumance et le manque et augmenter les doses jusqu'à ce qu'aucune piqure ne parvient plus à apaiser la douleur ? Et après ?

Il n'y a d'autre solution définitive que de regarder la vérité des choses, les yeux et la conscience grands ouverts, affronter et se confronter aux réalités telles qu'elles sont et pas telles qu'on préfère qu'elles soient.

Les sociétés arabo-musulmanes sorties ces deux dernières années de la léthargie qu'elles ont connue pendant les décennies post-indépendance, libérées des dictatures qui faisaient peser un couvercle de fer sur le puits bouillonnant de leurs contradictions internes, se retrouvent devant de nécessaires mais douloureuses interrogations. C'est en Egypte, berceau du mouvement des frères musulmans et creuset des idéologies qui traversent tous les pays arabes (malgré ce que nous en pensons, nous algériens) que le dilemme civilisationnel se pose avec le plus d'acuité. Lorsqu'il a fallu décider d'une constitution donc dire ce qui fonde cette société, le pays s'est embrasé et le sang a coulé... en espérant que ça n'aille pas jusqu'aux extrémités vécues en Algérie.

Voyant cette « gabégie », regrettant l'époque où l'ordre ronronnant régnait, où on baignait dans une médiocrité tellement ancrée qu'on la croyait éternelle et consubstantielle aux sociétés arabo-musulmanes, l'époque où on se shootait à la complainte contre Israël et les USA qui nous « empêchent de nous développer », sans songer une seconde à notre propre responsabilité, les nostalgiques, voire les complotistes des révoltes d'il y a deux ans, ont crié : « On vous l'avait bien dit ! ». Une réaction aussi stupide que de dire à un malade pendant une opération à cœur ouvert pour tenter de le sauver: « Regarde toi maintenant, tu es dans une situation bien pire avec ce sang qui coule de ton thorax ouvert ».

 

Il est indispensable à un moment donné d'être face à soi-même, face à ses responsabilités, se regarder dans le miroir et trouver des réponses aux questions longtemps évitées : Qui suis-je ? Où vais-je ? Etc. Ceci est non seulement indispensable mais inévitable.

 

Invariablement, d'est en ouest, les réponses à ces questions sont massivement islamistes ou teintées d'islamisme. A bien y réfléchir, comment il pourrait en être autrement ? Nous baignons depuis la naissance dans l'utopie islamiste comme élément essentiel de notre identité et comme puissant ciment de notre construction sociale. Les islamistes ne sont que des gens qui poussent notre logique identitaire jusqu'au bout. Cependant, cette aspiration à l'utopie islamiste se heurte à la frange laïque qui constitue une minorité mais une minorité forte et agissante car beaucoup plus éduquée, pragmatique et postée aux secteurs clé du pouvoir. Décrédibilisée aux yeux de l'opinion car souvent alliée des pouvoirs déchus, cette frange reste néanmoins solidement attachée aux commandes malgré l'expression démocratique qui a favorisé l'islamisme. La lutte entre ces deux protagonistes forgera peu à peu (combien de temps sera nécessaire?) le socle sur lequel reposera la société arabo-musulmane moderne.

 

Il est impensable que ces mouvements populaires nés pour exiger des libertés démocratiques impulsées par une jeunesse au contact du monde de la libre pensée, aboutissent à une nuit obscurantiste à l'afghane. Il est impensable aussi que des sociétés fortement religieuses comme les notre vont du jour au lendemain se laïciser voire déserter les mosquées comme on déserte les églises ailleurs. Mon optimisme me pousse à croire qu'une synthèse de deux options est possible. Cette synthèse existe déjà en la plupart des membres des sociétés musulmanes. Si on n'est ni un salafiste barbu en qamis qui vit hors du temps, ni un occidentalisé total qui ne se sent tenu par aucune règle sociale locale, on est déjà dans la synthèse. La plupart des gens n'admettent pas qu'on remette en cause leur islam et en même temps en refusent les préceptes extrêmes (pourtant faisant partie de l'arsenal législatif de l'islam) comme de mutiler les voleurs ou de fouetter et lapider pour adultère sur la place publique ou plus simplement enfermer les femmes chez elles et pratiquer la stricte séparation des sexes etc. Qu'on le veuille ou non, le corpus législatif musulman est archaïque. Il a été forgé à une époque où le savoir de l'humanité était à peu près au niveau d'un bon élève de collège de nos jours. La dialectique islamique elle-même est dépassée car on n'avance pas de nos jours des arguments en faveur de l'existence de Dieu en utilisant la complexité du vivant lorsque l'essentiel de cette complexité est expliqué par la biologie moderne. En même temps, copier bêtement l'occident jusqu'à importer des problématiques qui n'existent pas chez nous, comme le faisait Benbouzid avec les programmes scolaires, est tout aussi stupide.

 

L'un et l'autre des deux protagonistes doivent faire preuve d'esprit d'innovation et savoir traduire cette synthèse que fait instinctivement l'homme de la rue en une construction sociale moderne.

Publié dans Jiranna

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Plastic Bertrand 19/12/2012 21:22


Un jour pourtant, un jour viendra couleur d´orange
Un jour de palme, un jour de feuillages au front
Un jour d´épaule nue où les gens s´aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche


Aragon


Pas sur que l'on soit là ni toi ni moi.

chatnoir 21/12/2012 16:16



C'est beau Aragon...


J'essaye comme premier objectif de survivre à la fin annoncée du monde...



Plastic Bertrand 16/12/2012 19:54


Une piste peut être?


Préambule de la Constitution de La
République de Pologne.(extraits)


... nous, Nation polonaise - tous les citoyens de la République, tant ceux qui croient en Dieu, source de la vérité, de la justice, de la bonté et de la beauté, que ceux
qui ne partagent pas cette foi et qui puisent ces valeurs universelles dans d'autres sources, égaux en droits et en devoirs envers la Pologne qui est notre bien commun,
reconnaissants à nos ancêtres de leur travail, de leur lutte pour l'indépendance payée d'immenses sacrifices, de la culture ayant ses racines dans l'héritage chrétien de la Nation et dans les
valeurs humaines universelles ...


... souhaitant garantir, pour toujours, les droits civiques et assurer un fonctionnement régulier et efficace des institutions publiques, conscients de la responsabilité devant Dieu ou
devant notre propre conscience ...

chatnoir 17/12/2012 21:41



A certains égards, la Pologne, pays très catholique, est proche de la situation des pays musulmans. Je ne connaissais pas ces mentions dans la constitution si respectueuses des convictions de
chacun. Oui, un grand pas qualitatif sera franchi dans les pays musulamans si l'équivalent de telles déclarations était possible chez nous.