Une page de culture

Publié le par chatnoir

 

Récemment, un jeune de ma famille, m'a envoyé un sms potache avec un lien Youtube et un petit mot : « Cé pa irban, cé du lourd, fo pa raté ». Il a jugé la précision utile car je lui avais demandé d'arrêter de m'abreuver de liens sur des parodies du surnommé Irban qu'il trouve géniales alors qu'elles ne me font même pas sourire (je me fais vieux).

Il s'agissait d'un vieux clip du chanteur Mazouni. Ce type est, parait-il, la star absolue des foyers SONACOTRA... l'indétronable crooner des chibanis comme disent leurs descendants.

 

Dans ce clip aux couleurs des années 80, Mazouni chante pour sa partenaire le plus beau compliment qu'un algérien puisse faire à une algérienne : « Cha3rek lisse ». Cependant, la dite partenaire, tout en agitant de manière provocante sa longue chevelure noire, semble étrangement très offusquée par les douces paroles du courtisan au point d'en appeler aux forces de l'ordre. Le clip vaut mieux que tous les discours :

 

 


 

J'ai découvert Mazouni sur le blog Patriots on Fire il y a quelques mois. Après Moufdi Zakaria comme poète et parolier de chansons patriotiques, Dariassa comme fond musical des révolutions socialistes de l'époque Boumédiène, le FLN avait opté pour ce chanteur afin de chauffer ses foules aux dernières élections législatives, un choix pour le moins surprenant.

De Moufdi Zakaria à Mazouni, l'histoire d'une descente aux enfers, tel pourrait être le titre d'un essai sur la déconfiture du parti historique. Car si Moufid Zakaria était un poète respectable et Driassa, quoiqu'on en pense, un parolier populaire de talent, Mazouni est semble-t-il plus connu dans les bars à putes de Marseille que dans les milieux de la chanson engagée.

 

Dans son clip à la gloire du FLN, Mazouni n'y allait pas par quatre chemins : « Yaw votté khouya votté... khali al machakel à kotté » chantait-il...

 

En suivant le compte Youtube du gars qui a posté le clip à propos des cheveux soyeux de la dame, j'ai découvert qu'il y avait pas moins de 307 vidéos de chansons de Mazouni, patiemment numérisées et postées sur le site. Je ne sais pas s'il est utile de préciser que musicalement parlant Mazouni agresse mes oreilles. Pourtant, j'ai regardé plus d'une vingtaine de ses clips avec, je dois l'avouer, une certaine fascination. J'avais l'impression de débarquer sur un nouveau continent... une terra incognita... un atlantide de la scène musicale algérienne englouti par le raz de marée Rai et qui émerge des abysses à la faveur de l'internet et du surprenant choix du FLN.

 

Mazouni est l'auteur de ce qu'on peut appeler une œuvre. Ce dernier mot est peut-être un peu fort mais je n'en connais pas d'autres pour qualifier le travail artistique de toute une vie. Avec une tête de ce qu'on appelait durant ma jeunesse un « kavi », il s'affranchit de toutes les règles sociales et de toutes les barrières linguisitiques. Mazouni fait rimer « chérie » et « saloperie » et il ferait rimer « n'importe quoi » avec « qahwa ». La plus belle épitaphe qu'on puisse imaginer pour lui (tout en lui souhaitant une longue vie) serait « Pourvu que ça rime ». Cette folie de la rime n'a rien de proprement mazounien mais il la pousse à des extrémités qui donnent au final à ses chansons un caractère absurde ou hilarant selon le tempérament. Il est néanmoins très dur de caricaturer ou parodier Mazouni car il a le génie de faire des chansons qui sont les parodies d'elles mêmes.

 

Les chansons de Mazouni se particularisent par leurs thématiques inhabituelles dans la chanson algérienne. Comme dans la vidéo ci-dessus, Mazouni ne parle pas d'amour, il dépeint une scène de drague en assumant le rôle de « Samett »... de type gluant et collant qui horripile toute les femmes normales. Difficile d'imaginer après cela, un poster de Mazouni dans la chambre d'une adolescente.

Toujours est-il que le couple semble s'être réconcilié autour d'une comptine :

 


 

Si Mazouni endosse ce rôle d'algérien machiste qui se heurte au mur du refus féminin, il n'en nie pas moins certaines réalités faites de compromis, en théorie inavouables... « f...g...h rani gla3t el moustache », une déclaration extrêmement difficile à sortir de la bouche d'un algérien... Mais Mazouni va encore plus loin et avoue : « c'est bon, j'ai compris, je ne suis pas con » lorsqu'il est foutu à la porte par la dame dont on devine qu'il vivait à ses crochets.

 

 


   

Ces coups de griffe dans le cliché machiste n'ont pas fait descendre Mazouni de son piedestal de star. Etonnant !

Pour les immigrés, Mazouni rend compte dans plusieurs de ses chansons du rapport complexe fait d'attraction/répulsion de déclage culturel, de départs/retours. Cette déclaration de rupture à sa madame, une françaises est une compilation de clichés sur le mariage mixte( iiiiiihhhhh.... iiiiihhhhh...) :

 

 


 

Bref, je n'irai jamais à un concert de Mazouni mais ce n'est pas par un refus de principe de la musique populaire algérienne (samedi prochain, j'irai faire une plongée la tête la première dans un concert conjoint de Chaou et Houria Aichi). Cependant, je pense que tout sociologue devrait se pencher sur son œuvre comme un objet d'étude inestimable.

 

Enfin, si je devais à mon tour envoyer un sms avec un lien sur une vidéo de Mazouni, je choisirais, celle-ci, où il joue au oulid familia attiré par la même brune aguicheuse. Il a une de ces postures et un de ces regards fourbes... de plus, il me semble qu'il a piqué la musique à une autre chanson mais je n'arrive pas à savoir laquelle... « jat, jat el 3andi fachlou gwaymi, anaia weld hlel machi hraymi... », j'arrive pas à me sortir cet air de la tête...

 

 


 

 

Publié dans Lebled

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MnarviDZ 16/02/2013 09:41


Je me souviens Chatnoir, j'etais encore un enfant dans les annees 80, Mazouni chantait son tube "ardjayni matzewdjish, hta nardja3 mel khedma el watania" et puis "ezdam ya Seddam" en 91 avant
qu'il disparaisse pour revenir avec ce nouvel "art" qui lui est propre.


Sinon, avec 1 2 3 dans mon mp3, tu dois bien imaginer qu'il contient de tout :-) Mais je n'en ecoute qu'un petit pourcentage, exclusivement du Chaabi et de la musique andalouse.

Soulef 15/02/2013 16:11


Mnarvi, j'irai avec un matériel de paparazzi...

MnarviDZ 15/02/2013 05:49


Bravo! Dedier un post a Mazouni n'est pas chose facile. Il pourrait en faire une chanson "kteb 3liya chatnoir, fallait pas negta3 l'espoir."


Je vois que t'as vecu la meme chose que moi. Il y a qlq annees, j'avais regarde un nombre important de ses chansons, et envoye le lien a de nouveaux fans... j'avais meme mis "1 2 3" sur mon mp3
player. Je m'en suis sorti et c'est pour cela que j'hesite a cliquer sur tes videos...


Une fois sur Canal, il defendait sa 'binome' en disant qu'il l'avait revelee et que d'autres chanteurs devraient lui donner sa chance car elle avait du potentiel et du talent.


Soulef,


Prends des photos!

chatnoir 15/02/2013 19:48



Ah bon, c'est une vieille connaissance à toi?


T'as raison de ne pas cliquer car il est vrai que tu chopes l'air pour rigoler et après, tu ne peux plus t'en débarrasser. Mais manakdabch 3lik Mazouni ne rentrera pas dans mon mp3 où alors en
forçant l'entrée par la clé usb.


Ceci dit, j'ai vu des vidéos de lui et des chansons trop vulgaires même pour ce blog...


Rien à voir mais je serais très curieux de connaître la playlist de ton mp3



Soulef 14/02/2013 22:25





J'ai tapé Chaou Houria Aichi dans google et j'ai toutes ls infos : l'Alhambra dans le 10ème à 20h30, j'ai pas de billet mais nji nqar3aj. Comment tu seras habillé Chatnoir?

chatnoir 15/02/2013 19:43



Je n'ai pas encode décidé de ma tenue Soulef, j'hésite entre un costard à la Chaou mais je déteste ça, une qachabia et cheche pour danser plus à l'aise sur Houria Aichi... Bref, on se défausse
comme on peut...


 



Ana 14/02/2013 18:28


La musique de la dernière vidéo est une variation sur le classique Achaq mamhoun.


Achaq mamhoun narou lhiba, fetech 3azzine hatta ysiba

chatnoir 15/02/2013 19:40



wallah 3andek l'oreille musicale nti,