Wahd el khatra Chadli

Publié le par chatnoir

 

En général, je ne crois pas aux signes annonciateurs mais j'avoue que l'arrêt de la fabrication des Stan Smith par Adidas cette année constitue une coïncidence troublante. Chaque époque a ses objets symbole. Pour caractériser l'ère Chadli, on hésite entre les célèbres tennis au logo vert imprimé sur fond blanc et la Ritmo, cette FIAT à la robe bleue électrique et aux yeux ronds qui nous regardaient comme ceux d'une chouette ahurie. L'un et l'autre parmi d'autres objets avaient mis les pieds des algériens dans la société de consommation après de longues années à survivre dans l'univers kafkaïen de l'économie socialiste. Avant Chadli, la télé nous vantait tous les jours le génie de nos dirigeants et la sagesse de leurs « options irréversibles ». Si l'algérien se nourrissait de révolutions, il aurait été gavé jusqu'au vomissement. Malheureusement, il mange des pommes de terre et des tomates... denrées que l'une de ces révolutions dite agraire avait rendu des plus rares et pour lesquelles, l'écolier que j'étais comme tant de mes copains était obligé de faire des heures de queue tous les vendredi matin.

A la mort du « génie moustachu » dont le verbiage, certes plus ferme et plus châtié que celui de son successeur, était le seul mérite, l'armée avait imposé l'un de ses colonels au sommet d'El Mouradia. A l'âge que j'avais à l'époque, je ne possédais pas les moyens intellectuels d'analyser les choses mais depuis, avec le recul et l'âge, j'ai réalisé que le charme de Chadli résidait tout entier dans le fait qu'il était à l'image du citoyen lambda : Il aimait bien la vie, bien bouffer, se saper classe. Je sais qu'en plaçant le mot charme devant Chadli, je dévoile le faible que j'ai pour le défunt président et je vous jure que ce n'est pas une blague. Parmi les aveugles que nous eûmes au sommet de l'état depuis l'indépendance jusqu'au petit homme qui se prend pour un grand que nous avons maintenant, je considère Chadli comme le borgne qui aurait pu nous conduire à la lumière.

Je disais qu'il aimait bien la vie. Le socialisme et la dictature du prolétariat, il n'en avait rien à secouer. Alors, il avait entamé son petit programme politique par le projet de nous rendre la vie plus douce après que Boumédiène nous eut imposé une existence de plus spartiates et des plus insipides. L'algérien en avait marre de vivre dans la « Mecque des révolutionnaires » et de manifester de force pour « l'autodétermination des peuples » tout en attendant, jerrycans vides à la main, que son robinet crache quelques goutes dans son trois pièces SONATIBA dans lequel s'entassaient trois générations. Il était fatigué d'être « un mounadhel », un militant de l'absurde. Il voulait juste vivre... une vie douce et tranquille et cela Chadli, doué d'un bon sens paysan l'avait compris. Ma grand-mère aussi qu'on pouvait qualifier de réactionnaire dans le langage de l'intelligentsia qui sévissait dans l'Algérie d'alors n'avait cesse de dénoncer l'absurde des « révolutions » d'alors non pas au nom d'un libéralisme dont elle n'avait jamais entendu parler mais au nom de ce que son âge et son expérience lui avaient appris à connaître le mieux : l'âme humaine. Avec le recul, je le dis avec certitude, Chadli et M'ani allah yerhamhoum même combat. Vous allez me dire tout cela sent le simplisme des idées populistes. Que Nenni ! Il était tout le contraire d'un populiste Chadli. Très mauvais orateur, il avait privé ce peuple des discours enflammés qu'il affectionne. Il faut le dire. Si notre peuple aime la vie douce, il aime aussi les illusions et les flatteries des discours de bonimenteurs. Il cultive même la contradiction de célébrer les défunts dictateurs qui lui ont mené la vie dure au nom de leur aptitude à lui titiller la fierté. Mais Chadli n'en était pas alors il était devenu l'objet des railleries populaires. Chacun y allait de sa petite blague dont certaines préexistaient à sa présidence et qu'on avait adaptées à son personnage. Les grincheux se désolaient que ce bonhomme dont on se moque ouvertement faisait perdre de l'autorité à la fonction présidentielle. Ce sont les grincheux ! Jetez un coup d'oeil sur un atlas géographique et comparez les PIB des pays dont les habitants se moquent ouvertement de leur président avec ceux des pays où cet exercice vous conduit à la salle de torture. La désacralisation des zaims qui commence à peine à entrer dans les mœurs chez nos voisins a été introduite dans notre pays durant l'ère Stan Smith. Même Boutef qui a essayé de rétablir le culte de la personnalité à travers les cireurs de bottes qui hantent son entourage n'a réussi qu'à être ridicule. Le peuple algérien a acquis l'arme de la dérision sous le règne de ce président.

 

Tout cela est subjectif, j'en conviens. L'agrandisseur est pour beaucoup dans mon affection pour Chadli. Oui, l'agrandisseur. A l'époque où « les mounoupri » et autres « souk el fellah » se sont soudain remplis de produits importés, mon grand frère a dépensé l'intégralité de ses économies patiemment rassemblées grâce à sa bourse d'étudiant pour l'acquisition d'un reflex japonais et d'un agrandisseur allemand. Deux produits issus des pays capitalistes mais acquis à un prix socialiste. Mon affection pour Chadli s'était renforcée durant ces longues nuits où, après les variétés du jeudi soir, on passait à la cuisine, notre labo photo improvisé où on manipulait la lumière de notre agrandisseur pour obtenir les plus beaux effets sur notre papier argentique qu'on allait révéler, fixer et sécher avant le lever du jour. On était encore loin du numérique... J'avoue

 

Tout cela est subjectif. Je n'étais pas kabyle durant le printemps bérbére et je n'ai pas brûlé de « souk el fellah » le 5 octobre 88 donc je n'ai jamais connu les locaux de la police politique et les salles de torture. Mon affection se serait sans doute quelque peu refroidie. Mais après 88, je me souviendrai toujours que j'ai tenu avec émotion le premier numéro d' « Alger républicain » entre mes mains , premier journal libre de l'Algérie indépendante pendant l'ère Stan Smith...

 

L'actuel président, méprisant et méchant a oscillé entre critique et railleries contre Chadli. Cela n'a fait que renforcer mon affection pour lui. Je me marre en écoutant, à l'heure où les arabes se réveillent et où les peuples aspirent à une vie plus douce, pas mal de nos dirigeants, dont le premier d'entre eux, craignant la contagion, rappeler que l'Algérie a connu sa révolution populaire à cette époque post 88... elle fut suivie de réformes démocratiques disent-ils (en omettant de préciser qu'ils ont consacré leurs efforts à les vider de leurs contenus). Je me marre beaucoup comme en écoutant la meilleure blague sur Chadli.

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Plastic Bertrand 22/10/2012 19:42


Bémol et méa culpa: on disait bien "Teztoza" à l'époque. Mes excuses à HE.

chatnoir 22/10/2012 20:53



Testarossa, ça me dit quelque chose ça mais avec teztoza je n'ai pas fait le rapport (occulte comme dirait Hlima)... Ce qu'il y a de bien sur les blogs c'est qu'on se cultive.



Plastic Bertrand 22/10/2012 19:23


@Homo Erectus Edifiant: tu fais moins gaffe à ton orthographe ici que chez les "nassaras" de Descartes. Sinon "rapports occultes" patati patata Bof !!


@Chat Noir "Teztoza" tu connais!! c'est juste une erreur typo de HE (erreur dans la tête ou sur clavier?) il voulait dire Testarossa la bagnole qui a fait scandale.

Homo Erectus 12/10/2012 21:01


Joli billet qui se lit comme un hommage au "président mou". En fait, tu as déjà fait ton mea culpa en mentionnant l'écart volontaire des points noirs du mandat de Chad Lee. Points noirs auxquels
on peut ajouter son rôle trouble dans l'assassinat de l'avocat Mecili à Paris, les rapports occultes de H'lima avec certains pontes du Renseignement, les affaires dans lesquels ont trompé
l'entourage et la progéniture de Chad (Teztoza and Co).....

chatnoir 12/10/2012 22:56



Bienvenu Homo erectus.


On a droit à un peu de subjectivité, au regard volontairement myope parce que j'époque était heureuse pour soi. Sinon Hlima lol, je l'avais oubliée celle la. Mais Teztoza, connais pas mais le nom
sonne comme une m.r..e, lol



TheMatrix 11/10/2012 22:57


Objection...

chatnoir 12/10/2012 20:57



rejetée...



The Matrix 11/10/2012 21:10



chatnoir 11/10/2012 22:16



"Jurez de n'avoir pas installé un filtre anti-philo qui empêche les commentaires philosophiques de The Matrix de passer, levez la main droite et dites je le jure"...


Je le jure...